Quand le diable entre dans l’étable

CHRONIQUE/ L’hiver a été long, enneigé et froid. Il a malgré tout donné des sueurs froides à plusieurs propriétaires de bâtiments. En effet, de nombreux effondrements ou incendies ont décimé des étables, des troupeaux, de la génétique et des projets. Tout un chamboulement pour plusieurs familles œuvrant dans le domaine agricole.

Perdre l’ensemble de son troupeau est terrifiant. Le producteur laitier connaît par cœur les petites manies de ses vaches. Il a su monter la génétique de son troupeau en investissant dans la sélection de spécimens génétiquement enviables afin de parfaire des critères comme la docilité, la facilité à mettre bas, l’amélioration du système mammaire et la production laitière. Cela représente des années d’observations et des milliers de dollars d’investissements, et ce, sur plusieurs générations.

Un problème électrique est souvent la principale cause des incendies de ferme. Les froids d’hiver surchargent souvent le système électrique et font resurgir les défectuosités. Les propriétaires sont souvent témoins, impuissants devant le brasier, car la traite des vaches les occupe à l’étable de deux à trois fois par jour. Les matériaux du bâtiment, le foin sec et la proximité de combustibles rendent ces feux très violents et dévastateurs. Les vaches sont rarement sauvées. D’abord en panique, leur comportement animal est de demeurer sur place, de ne pas bouger. Imaginez la charge de travail de tirer de force des centaines de têtes pesant entre 650 et
800 kg! Si, par chance, des vaches venaient à être sauvées, leur expérience traumatisante risquerait de les perturber à vie. Puisque la fumée se dégageant du brasier incommode également les poumons des bêtes, rares sont celles qui peuvent survivre et produire à nouveau.

Qu’advient-il du quota, du droit de produire, à la suite d’un sinistre?

Celui-ci est loué à la Fédération des producteurs de lait du Québec pour un maximum de deux ans. Chaque producteur peut produire un pourcentage de plus sur son quota pour l’équivalent des quotas redistribués dans le réseau dû aux incendies ou autres formes de cessation d’activités. De cette façon, le producteur peut garder un petit revenu le temps de reprendre sa production.

Que fait le producteur laitier au lendemain d’un incendie quand, normalement, il fait la traite des vaches matin et soir? Il réfléchit et se réorganise. Et, bien sûr, il se pose l’éternelle question: est-ce que je rebâtis ou j’en profite pour prendre ma retraite? Et rebâtir, on le fait pour qui? Pour la relève?

Des projets doivent alors se dessiner rapidement, sous l’œil attentif de conseillers agricoles et de la compagnie d’assurance. Sans compter que tous les droits acquis de localisation se sont, eux aussi, envolés en fumée... Pour l’agriculteur, rien ne sera plus comme avant.

À tout bout de champ, on se dit que cela n’arrive qu’aux autres. Mais parfois, malheureusement, le diable s’invite à l’étable.

Club conseil Gestrie-sol

Cette chronique est rendue possible grâce au soutien financier de l’UPA.