Prédateur alpha et farouche combattant

CHRONIQUE/ L’achigan à grande bouche est le poisson le plus populaire auprès des pêcheurs nord-américains. Le nom français est dérivé de l’algonquin at-chi gane, qui signifie «celui qui se bat».

Originaire de l’est de l’Amérique du Nord, il a été largement exporté pour la pêche sportive et c’est désormais l’espèce d’eau douce la plus largement distribuée à travers le monde.

Il appartient à la famille des centrarchidés, qui regroupe les achigans et les crapets. Les membres de cette famille ont deux nageoires dorsales plus ou moins soudées, dont l’antérieure est formée d’une dizaine de rayons épineux, et la postérieure, d’une douzaine de rayons mous.

Ces espèces préfèrent les eaux peu profondes et stagnantes ou à courant doux. En période de frai, les mâles construisent, au fond de l’eau, des nids qu’ils défendent férocement.

L’achigan à grande bouche est un poisson robuste, au corps fusiforme permettant une nage rapide. Sa taille adulte varie entre 25 et 55 cm. Il est de couleur verdâtre, avec des reflets argentés, et son ventre est d’un blanc laiteux. Ses yeux sont cuivrés et une bande noirâtre faite de taches juxtaposées traverse le corps de l’œil à la queue. Sa lèvre inférieure est saillante, ce qui lui donne une allure boudeuse. Les muscles et les os de ses mâchoires permettent une large ouverture, suivie d’un mouvement de succion qui aspire les proies.

La ponte se fait à la fin du printemps. Le mâle évente et protège le nid pendant environ un mois. Après avoir épuisé leur sac vitellin, les alevins se nourrissent de plancton et de petits insectes. Puis, ils passent progressivement à un régime piscivore qui leur assure une croissance rapide.

Dès l’automne, ils ont atteint 15 cm et mènent une chasse féroce à tout ce qui bouge sous l’eau. La diète de l’adulte compte 87% de poissons, dont une large part de ménés, et 13% d’écrevisses.

Hormis l’homme, l’achigan adulte connaît peu de prédateurs dans son habitat. Il est ainsi considéré comme un prédateur alpha, tout en haut de la chaîne de prédation aquatique et son exportation entraîne souvent un déséquilibre dans les biodiversités locales.

Michel Aubé, vice-président du CINLB et professeur retraité de l’Université de Sherbrooke