À l’avant plan: Sylvie Lamontagne et Martine Bédard. À l’arrière-plan: Lucienne Simard, Marie-Christine Hon, David Delorme, Mélanie Tétreault et Isabelle Gauthier.

Pour une école plus inclusive

Malgré son nanisme, ses troubles visuels et auditifs et ses handicaps physiques, Bobby* s’était tellement bien intégré dans son milieu social et scolaire qu’il n’a réalisé qu’à la fin de son parcours scolaire primaire qu’il était différent. Et si son exemple pouvait en inspirer d’autres ?

Par une journée de réflexion et de sensibilisation tenue jeudi au Centre d’interprétation de la nature du lac Boivin, la Dynamique des Handicapés de Granby et Région (DHGR) souhaitait rappeler qu’il est possible pour les personnes aux prises avec une limitation ou un handicap de réaliser leurs rêves, dont celui de suivre une formation académique enrichissante. « Ce n’est pas parce qu’on a un bras en moins, une jambe en moins ou qu’on se déplace en fauteuil roulant qu’on ne peut pas y arriver, confie Marie-Christine Hon, coordonnatrice de la DHGR. On a tous les capacités [de se réaliser], pour peu qu’on nous en donne la possibilité. »

À l’aide d’une plaquette de jeu, il a été démontré que certaines caractéristiques comme le sexe, l’âge, l’ethnicité, la religion ou l’état de santé, pouvaient faciliter certaines opportunités dans la vie. « Avec du recul, on constate qu’on est avantagé sur certains plans. Que ce n’est pas tout le monde qui a les mêmes possibilités », a expliqué Sophie Foisy, coordonnatrice de la politique d’égalité de la Ville de Granby qu’elle a également présentée.

« Granby a plusieurs politiques sociales pour les aînés, la famille et la jeunesse, entre autres. À travers tout cela, que ce soit pour l’aménagement urbain, les loisirs, l’offre de services et nos communications, on est inclusifs. Le message qu’on souhaite envoyer, c’est que peu importe notre condition, tout le monde peut faire partie prenante de la communauté », a-t-elle fait valoir.

En avant-midi, plusieurs conférenciers invités avaient présenté des mesures mises en place par leurs organisations scolaires et universitaires pour intégrer ce type de clientèle.

Embûches
Même si leurs capacités intellectuelles le leur permettent, les personnes handicapées font face à un plus grand nombre d’obstacles pour obtenir un diplôme. Selon l’Enquête canadienne sur l’incapacité réalisée en 2012, 11 % des étudiants avec un handicap ont dû interrompre leurs études et 37 % ont dû réduire leur charge de cours.

« Des gens m’ont dit que je ne serais jamais capable de finir mes études », a affirmé Isabelle Gauthier, présidente de la DHGR, dans un témoignage portant sur son laborieux parcours académique. Son choix de stage s’est avéré limité étant donné la faible accessibilité des lieux où se déroulaient ceux-ci. « Il a fallu que je franchisse des obstacles infinis, si bien que ma photo pourrait se retrouver à côté du mot persévérance [dans le dictionnaire] ! » illustre-t-elle.

Isabelle Gauthier, présidente de la DHGR, a témoigné sur son laborieux parcours académique.

Heureusement, bien des choses ont changé en 40 ans afin de faciliter l’intégration scolaire des personnes en situation de handicap ou en difficulté d’apprentissage, a souligné Céline Duval, présidente de l’Aféas Granby. Cette enseignante de carrière a rappelé les grands bouleversements survenus dans le système de l’éducation au cours des dernières décennies. Changements qui ne se sont pas toujours faits sans heurts. « Dans toute ma formation, jamais je n’avais entendu parler de personnes handicapées ou différentes », se rappelle- t-elle, ajoutant que les professeurs d’aujourd’hui manquent encore de ressources pour bien desservir cette clientèle aux besoins particuliers.

« L’intégration scolaire comme on la connaît est un modèle qui ne peut plus durer. Il faut que l’école soit totalement inclusive», a-t-elle plaidé en racontant avec éloquence l’histoire d’élèves dont elle a croisé le chemin.

Outre Bobby, il y a eu François*, un grand gaillard au faible quotient intellectuel, qui a trouvé son rôle en protégeant sa professeure et ses collègues de classe d’un autre élève au tempérament agressif. Il y a aussi eu Richard*, qui ne savait pas lire en troisième année, mais qui, avec l’aide de son enseignante, a réussi à rattraper deux ans de retard une fois l’été venu. Comme il était balloté de famille d’accueil en famille d’accueil, Mme Duval ne l’a pas revu à la rentrée suivante, jusqu’à ce qu’elle le rencontre par hasard dans un hôtel de ville de la région, où il y était devenu un important fonctionnaire.

Après l’école, le travail
Plus d’une cinquantaine de participants issus des milieux scolaire, universitaire, politique et communautaire, étaient présents. L’événement suivait un colloque du même ordre tenu l’an dernier au Zoo de Granby et portant sur l’accessibilité universelle.

L’an prochain, la DHGR souhaite tenir une troisième journée thématique, cette fois-ci axée sur l’employabilité des personnes avec un handicap. Une thématique brûlante d’actualité avec la controverse entourant la fin d’un programme d’emploi pour personnes atteintes de déficience chez Walmart. Que ce soit médiatisé et que cela suscite un tel tollé démontre l’« immense gain » pour ces personnes,estime Céline Duval, de l’Aféas. « Il y a 20 ans, on n’aurait pas accepté socialement ces gens-là », a-t-elle fait valoir.

Céline Duval, présidente de l’Aféas Granby et enseignante de carrière, a rappelé les grands bouleversements survenus dans le système de l’éducation au cours des dernières décennies

« Tout passe par l’accessibilité. Les entrepreneurs doivent être sensibilisés à adapter les environnements de travail, mais pour eux, cela représente encore des investissements importants qui ne coïncident pas toujours avec les subventions fédérales », a pour sa part témoigné Martine Bédard, dont l’employeur a su adapter son environnement pour accueillir les gens qui, comme elle, se déplacent en fauteuil roulant.

L’organisme a également profité de la journée pour dévoiler son nouveau site Internet, disponible au www.dynamiquehandicape.ca

* Les noms ont été changés afin de respecter l’anonymat des cas présentés au cours de la journée.