Toutes les affiches de Serge Trudel sont faites à la main, sur des canevas de toutes tailles.

Passionné d’automobile... jusqu’au bout des doigts

Serge Trudel a toujours été fasciné par l’automobile. Enfant, il analysait le style et la ligne de presque toutes les bagnoles qui croisaient son regard. De son imagination fertile sont nées bien des esquisses, remodelant tantôt la calandre d’une américaine, tantôt les courbes d’une rutilante italienne. Loin de s’estomper, son engouement pour cet univers se transpose depuis des années sous la forme d’affiches aux flamboyants coloris.

Le dicton veut que la pomme ne tombe jamais bien loin de l’arbre. Ce fut le cas de la passion grandissante de Serge Trudel, transmise par son père, pour tout ce qui touche l’automobile. « Mon père était un génie en mécanique. Il me faisait un peu penser à Joseph-Armand Bombardier. Il faisait des trucs vraiment spéciaux. Tout ce qui avait un moteur l’intéressait. Les gens appelaient de partout dans la région pour avoir ses conseils, se remémore-t-il. Il y avait presque toujours une auto dans la cour qui attendait pour une mise au point. D’autres pour des travaux de carrosserie. J’en voyais de toutes les marques. À lui seul, mon père en a eu plusieurs. Il changeait d’auto tous les six mois. Certaines étaient très belles, d’autres affreuses. J’ai rapidement développé mon sens critique dans cet univers qui a bercé mon enfance. »

Or, démonter un moteur en pièces pour lui donner une nouvelle vie, ce n’est pas la tasse de thé de Serge Trudel. Adolescent, il caressait plutôt une carrière de designer automobile. Un rêve qui s’est néanmoins évanoui. « Je crois que j’avais le talent pour devenir designer. C’est un domaine où il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus, concède le Granbyen. Un jour, j’ai redessiné la carrosserie d’une Corvette. J’ai voulu envoyer ma création à General Motors, mais je me suis rendu compte que c’était plutôt compliqué quand tu ne parles pas un mot d’anglais ! » Le jeune homme a néanmoins suivi un cours de dessin industriel pour peaufiner ses connaissances.

De collectionneur à créateur
Au fil des ans, Serge Trudel a continué de nourrir sa passion. Il a notamment été collectionneur de voitures miniatures. C’est toutefois la recherche d’une vieille affiche de Ferrari, arborant l’emblématique étalon noir cabré, qui a fait naître sa nouvelle flamme créative. C’était en 2004. « J’ai toujours aimé les voitures italiennes. Surtout Ferrari. Elles ont de belles lignes. C’est fluide. J’adore les regarder sous tous leurs angles. Alors, ça me prenait une affiche. J’ai fait des dizaines de marchés aux puces, des expositions et j’ai fait beaucoup de recherches sur Internet. Mais les prix étaient exorbitants. Ça pouvait aller jusqu’à 4000 $. Alors, j’ai décidé d’en créer une. »

D’hétéroclites affiches aux couleurs flamboyantes se côtoient dans le garage du créateur, lui servant en quelque sorte de salle d’exposition.

L’affiche de la marque de Maranello a été la première d’une longue série. « J’ai vite eu la piqûre pour l’art automobile. Le bouche-à-oreille a fait son œuvre, dit-il. Les gens me demandaient surtout des logos. Alors, je me suis dit, pourquoi pas ! »

Ainsi, dès que l’automne se pointe, l’artiste sort ses pinceaux et ses tubes d’acrylique. « L’été, je prends une pause. Je voyage, je visite des expositions. L’hiver est plus propice pour créer. Alors, d’octobre à mai, je plonge dans mon art. Je peux en faire sept jours sur sept. »

Il suffit de mettre le pied dans son garage, une véritable salle d’exposition, pour prendre la mesure de sa passion. Une collection d’enseignes hétéroclites, toutes faites à la main et mettant principalement en vedette le trio de marques américaines, se côtoient dans l’antre du créateur.

« Je reçois beaucoup de commandes spéciales. Les gens veulent souvent des pièces uniques. Le vintage est très tendance. Alors, je prends de vieux logos et je fais un amalgame avec un design plus actuel. Je ne m’impose pas de limites. Et même si je fais des reproductions, le souci du détail est primordial. C’est ce qui a fait que mes affiches sont en demande. »

Retraité depuis 2016, Serge Trudel continue de peaufiner son art. L’arrivée de la saison estivale le rend par ailleurs fébrile. « Même si j’ai des années d’expérience, je veux constamment découvrir de nouvelles choses. Je sais que je vais rencontrer bien des gens intéressants dans les rassemblements un peu partout où j’irai cet été, dit-il. Faire des affiches demeure un passe-temps, mais c’est aussi une belle façon de rendre hommage à mon père. »