Nulle part où aller

CHRONIQUE/ Il y a deux choses que l’on fait dans la vie. On s’accroche à ce que l’on aime ou bien on repousse ce que nous ne voulons pas. Ces deux mouvements sont des causes de souffrances et nous empêchent d’aller de l’avant. La nature humaine est ainsi faite. Accueillir, accepter ou « être avec » tout ce qui peut arriver, de manière impartiale, sans préférence, ne fait pas partie de nos réflexes naturels. Comment s’engager dans la vie en sachant que tout disparaît, que rien ne dure ?

Pourtant, chaque nouvelle journée nous offre l’occasion d’apprivoiser cette réalité, car toute la vie est faite en fonction de l’impermanence. On y est préparé à coup de petites et de grandes pertes, puisque tout est voué à mourir. Si on regarde cela d’un autre point de vue, l’impermanence n’est-elle pas promesse de changement ? C’est l’apparition, la transformation et la disparition des choses. Un grand mouvement de la vie elle-même.

Le Bouddha nous a légué de grands enseignements. L’impermanence en fait partie. Il nous recommande aussi de réciter régulièrement ces cinq remémorations :

• Il est dans ma nature de vieillir. Il est impossible d’échapper à la vieillesse.

• Il est dans ma nature d’être malade. Il est impossible d’échapper à la maladie.

• Il est dans ma nature de mourir. Il est impossible d’échapper à la mort.

• Tout ce qui m’est cher et tous ceux que j’aime ont pour nature de changer. Il est impossible d’échapper à la séparation d’avec ceux que l’on aime.

• Mes actions sont mes vraies possessions. Je ne peux échapper aux conséquences de mes actions.

Il faut de la bienveillance envers soi et les autres pour accepter « ce qui est ». Il y a évidemment des défis plus grands que d’autres, mais ce que l’on vit intérieurement est bien personnel et ne se juge pas.

Pour 2019, nous quitterons le local qui hébergeait le yoga depuis près de 30 ans ! Ce n’est pas faute de l’avoir défendu, car nous tenions aux merveilleuses conditions que ce lieu nous offrait. Nous avons fait notre possible pour préserver cet endroit dont la porte avait été grande ouverte, grâce à Joan, notre professeure de l’époque. Mais le jour J arrive.

Ceux qui pratiquent le yoga le savent. Le local fait partie de l’expérience. Comme la conscience de notre respiration, il est un support à la pratique. La loi de l’impermanence domine encore ici, rien n’est figé, tout bouge.

L’impermanence est promesse de changement et nous invite à mettre en pratique l’accueil. C’est un magnifique mouvement vers l’avant, une invitation à lâcher les brides, à faire confiance.

J’honore cette immense chance que nous avons tous eue, d’habiter ce lieu Magnificat. Cette semaine, pour une dernière fois, je saluerai ce sanctuaire, témoin des milliers de personnes qu’il a portées au fil de toutes ces années.

Merci aussi à Joan pour ses grands enseignements :

« Il n’y a nulle part où aller, car nous y sommes déjà ».

Namasté !