L’hiver, temps mort pour l’agriculture ?

À tout bout de champ, comme agronome, je me fais dire qu’en hiver je dois bien être plus relaxe. Que mon employeur doit me retourner à la maison par manque d’ouvrage.

QUOI ? 

Je n’ose même pas me demander si le luxe de prendre ça plus mollo pourrait m’être accessible ! C’est que, pour que les étés se passent bien, pour que les semis soient planifiés, les intrants calculés et commandés, les fumiers planifiés et distribués, les projets imaginés, montés et financés…il faut s’y prendre d’avance ! En fait, dès que la saison estivale est terminée.

Novembre et une partie de décembre étant dorénavant plus chauds, nous ne rentrons au bureau qu’à la mi-décembre pour récapituler notre saison. Après les Fêtes, comme les agriculteurs sont redevenus plus disponibles, nous les rencontrons pour faire la planification. 

Donc ceux qui étudient en agronomie et qui pensent ne pouvoir travailler que partiellement : vous faites erreur ! D’ailleurs, chers lecteurs, sachez qu’il y a pénurie de main-d’œuvre dans le domaine des conseillers agricoles. Nous vivons actuellement des années de plein emploi. On ne s’en plaindra pas!

Les agriculteurs eux, ils hibernent ? 

Si vous considérez que faire (enfin) moins de 60 heures par semaine c’est les vacances, oui, on peut dire qu’ils ont plus de temps libre ! Ils peuvent enfin sortir de l’étable en début de soirée et rentrer à la maison au lieu de reprendre le chemin du champ. Ils s’offrent aussi le luxe de faire quelques tâches administratives le jour, choses souvent relayées en soirée en période intensive. Ils accueillent aussi les conseillers agricoles chez eux et participent à diverses formations et conférences organisées pour eux. Étant des gens de plein air, et puisque les sports d’été sont plus difficiles à faire, certains profitent de l’hiver pour se reprendre. Ski, raquette et motoneige sont leurs sports de prédilection. La nouvelle génération s’offre aussi le sud.

Même les machineries agricoles ne chôment pas. 

Les tracteurs utilisés l’été au champ déambulent en ville pour le déneigement. Disons que cette année, ils auront accumulé beaucoup de kilomètres : et l’hiver ne fait que commencer ! D’autres machineries comme les silos, les abreuvoirs, les écureurs à fumier, eux, donnent du fil à retordre. Gelés, alors qu’ils sont supposés sauver de l’ouvrage par leur caractère automatisé, ils donnent chaud ! Voilà alors des heures épargnées qui fondent comme glace au soleil. 

Le froid ou les écarts extrêmes de température comme nous vivons souvent ont aussi un impact sur les animaux. L’humidité crée sur eux le même effet que sur nous. Elle fragilise les animaux et les rend plus susceptibles d’attraper des maladies, comme des rhumes. Parce qu’elles mangent et « défèquent » à l’année, la gestion des intrants et des… sortants de ces petites bêtes est plus compliquée en saison hivernale. Comment disposer du matériel avant qu’il gèle et prévoir sa reprise ? Un casse-tête à -30 degrés Celsius !

Finalement, quand les jours d’hiver commencent à allonger, un bon nombre d’agriculteurs filent vers l’érablière. 

Je vous en reparlerai dans une prochaine chronique, car à tout bout de champ, je manque de temps en hiver !

Isabelle Martineau, agronome Club conseil Gestrie-sol

La série de chroniques en agrœnvironnement est rendue possible, notamment, en vertu du sous-volet 4 du programme Prime-vert 2013-2018 du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ).