Un cloporte.

Les petites sentinelles au sang bleu

Vous soulevez un pot au jardin et plusieurs petites bestioles grisâtres s’enfuient de tous bords ? Ce sont des cloportes (de l’espèce porcellio scaber), méconnus et mal-aimés, et ce, malgré leur utilité. Inoffensifs, ils présentent des caractéristiques fascinantes résultant de millions d’années d’évolution.

Contrairement à la croyance populaire, ce ne sont pas des insectes, mais des crustacés. Les seuls crustacés entièrement terrestres ! On peut d’ailleurs constater qu’ils ont 14 pattes (et non six).

Dans leur colonisation terrestre, ils ont été confinés aux milieux humides, indispensables au fonctionnement de leurs branchies. Plusieurs de leurs caractéristiques physiologiques et comportementales découlent de la nécessité de réduire leurs pertes en eau. Ainsi, leurs déchets organiques ne sont pas transformés en urine, mais restent sous forme gazeuse (ammoniaque) évacuée à travers leur squelette externe. La femelle dispose d’une poche marsupiale remplie d’eau dans laquelle sont déposés les œufs et où se développent les embryons.

Les cloportes fuient la lumière et sont pratiquement inactifs par grand vent afin de minimiser les risques d’évaporation. Ils ont tendance à se blottir contre des objets pour éviter le plus possible à leur corps d’être exposé à l’air, et vont chercher à s’agglutiner avec d’autres membres de leur espèce. Ils absorbent de l’eau à travers leur nourriture et par leurs branchies, mais aussi par l’anus, à l’aide de structures tubulaires qui emprisonnent le liquide par capillarité.

Ces bestioles ont, en outre, le sang bleu, comme plusieurs autres crustacés. La protéine qui capture l’oxygène et qui la transporte dans le sang, l’hémocyanine, est faite à base de cuivre lequel, en s’oxydant, donne une couleur bleu-vert. Chez la plupart des vertébrés, c’est l’hémoglobine, à base de fer, qui remplit cette fonction et qui prend une couleur rougeâtre en s’oxydant. 

Les cloportes se nourrissent de détritus végétaux et disposent d’une enzyme permettant de briser la cellulose. Ils contribuent à la transformation des déchets organiques en compost et à la circulation des éléments nutritifs, assurant la productivité et la régénération des sols. Ce sont aussi des bio-indicateurs qui accumulent plusieurs substances de l’environnement, dont une variété de polluants comme les métaux lourds. Ces espèces sont ainsi considérées comme de véritables sentinelles écologiques.

Michel Aubé

Vice-président du CINLB et professeur retraité de l'université

Contrairement à la croyance populaire, les cloportes ne sont pas des insectes, mais des crustacés.