Mario Cyr est plongeur-caméraman. Un métier unique qui lui permet de capter des images exceptionnelles.

Les mers froides en toile de fond

Mario Cyr estime faire le plus beau métier du monde. Pouvoir refaire sa vie, le spécialiste de la plongée sous les glaces remarcherait d’ailleurs dans ses traces. Depuis 40 ans, la pureté de la nature lui sert de canevas. Un terrain de jeu extraordinaire où il capte des images spectaculaires de phoques, de morses et d’ours polaires. Le 26 mars prochain, l’explorateur des fonds marins sera dans la région pour présenter sa conférence intitulée Les yeux de la mer. Une occasion unique de plonger dans son univers.

Malgré le caractère exceptionnel de son boulot, jamais Mario Cyr, originaire des Îles-de-la-Madeleine, n’avait pensé partager ses aventures dans le cadre de conférences.


« J’ai la chance d’assister à des choses extraordinaires et, chaque fois, il se passe quelque chose de nouveau, de spécial.  »
Mario Cyr

«Chaque fois que je revenais de mes expéditions, j’avais des invitations à souper pendant à peu près deux semaines et demie!», raconte en riant celui qui revenait justement d’une série de tournages dans son coin de pays. Ses images de blanchons dans leur habitat naturel seront diffusées l’automne prochain dans l’émission The Nature of Things, animée par David Suzuki.

«Mes amis me disaient ‘Fais comme tu le fais avec nous et racontes des anecdotes!’, dit-il. Dans mes conférences, je pars donc de mon expérience et je raconte ce que j’ai vécu. Les scientifiques partagent des données, moi j’expose des faits! L’ours polaire qui a nagé pendant dix jours sans arrêt, je l’ai vu!» Un quotidien sans pareil qui a vite convaincu National Geographic, Discovery Channel, la BBC, IMAX et Disney de tous faire appel, un jour, à ses talents de directeur photo. Au fil des années, Mario Cyr a participé au tournage de plus de 150 documentaires, certains lui permettant d’ailleurs de remporter la palme d’or au Festival mondial d’Antibes et d’être en nomination aux Emmy Awards pour Ice Bear 3D.

«Je fais de la plongée depuis maintenant 44 ans et l’Arctique, j’y suis allé au moins 40 fois, raconte l’homme avec générosité. J’ai visité une soixantaine de pays et souvent mes expéditions duraient jusqu’à trois mois.»

Ayant atteint le cap de la soixantaine, même si la forme y est toujours, le plongeur a toutefois décidé de réduire la cadence. Désormais, les voyages ne durent pas plus de trois semaines. «Plutôt que d’arrêter, j’ai décidé de ralentir, explique-t-il. Mes expéditions sont donc plus courtes. Ça ne me tente plus de dormir sous la tente pendant des jours, sans douche, à -25 degrés!»

Morses, ours polaires, phoques, etc. Ces animaux font partie de la vie du plongeur-caméraman.

Un nouveau rythme de vie qui ne l’empêchera toutefois pas de se rendre en Martinique, début mai, pour s’y pencher sur les sargasses, ces algues brunes qui dérivent sur l’océan pour s’échouer sur les plages. Celles-ci ont un impact sur la santé, sur l’environnement et sur l’économie des Caraïbes. Mario Cyr sera de la Mission Sargasses 2019 d’Opérations OSCAR, un ONBL canadien qui veille à protéger la biodiversité.

Cet été, deux voyages en Arctique sont aussi à l’horaire de l’explorateur. Ça, c’est sans parler du contrat qu’il ira faire au Groenland pour l’ONF, de l’expédition prévue en Alaska et de l’autre qui le mènera jusqu’en Norvège.

«Mon nouveau dada, ce sont les épaulards, lance Mario Cyr. Ils m’animent. Je veux monter un documentaire sur eux. Cette fois je vais y rester plus longtemps pour aller chercher des images différentes jamais vues avant.»

«J’ai la chance d’assister à des choses extraordinaires, poursuit-il, et chaque fois, il se passe quelque chose de nouveau, de spécial. Je fais le plus beau métier du monde!»

Pour entendre les récits sans pareil de Mario Cyr et voir ses images tout aussi renversantes, rendez-vous à la conférence Les yeux de la mer présentée dans le cadre des rencontres Se relier au cœur du monde, en collaboration avec Desjardins. Celle-ci aura lieu le mardi 26 mars, à 19h, à l’école Paul-Germain Ostiguy. Les billets sont 40$. Pour réservation: serelieraucoeurdumonde.com

Toucher les autres à coup de beauté

Aux premières loges pour voir de grandes beautés du monde, Mario Cyr l’est également pour constater l’impact des changements climatiques sur la faune et la flore des eaux froides de l’Arctique, de l’Antarctique et des océans ailleurs dans le monde. Selon lui, il y a «l’avant 2000 et l’après 2000». 

Dans ses conférences, il aborde donc le fait que les choses ont effectivement changé au fil du temps. 

«Tout se réorganise et s’adapte, dit-il. J’ai eu une grande chance. J’étais là quand ça allait bien, autour de 1995. Quand les ours polaires, par exemple, n’avaient pas de problème pour se nourrir. Aujourd’hui, dans l’Arctique, la glace rapetisse en superficie comme en épaisseur.» 

Au cours des dernières années, M. Cyr dit avoir souvent croisé des ours polaires chétifs, à cause du manque de nourriture. «On dit qu’il y a de moins en moins d’ours polaires, mais on en voit de plus en plus autour des campements, raconte-t-il. Ils ont tellement faim.»

C’est toutefois en montrant toutes les splendeurs de ces lieux uniques où il a posé le pied que le cinéaste entend inviter les gens à prendre conscience de l’urgence d’agir. «Je ne veux pas être moralisateur, indique-t-il. Je veux faire ouvrir les yeux aux gens par la beauté.»

C’est donc par le récit de ce qu’il a vu et vécu un peu partout sur le globe que le plongeur-caméraman entend faire sa part. Dans cette optique, il se fait un devoir de présenter sa conférence dans une trentaine d’écoles primaires et secondaires chaque année. «J’y tiens beaucoup, souligne-t-il. 

Ma génération n’a pas réussi à changer les choses. Les jeunes, je mets beaucoup d’espoir en eux. Ils sont plus sensibles à la cause environnementale. Il faut les aider à nous sauver.»