Les cure-dents du colosse

CHRONIQUE/ Lorsqu’il est jeune, sa vêture satinée reluit comme de l’or et se frange en boucles fines. Avec l’âge, son écorce mordorée s’épaissit et devient rugueuse, écailleuse même. Sa taille droite et majestueuse peut atteindre 30 mètres et le port étalé du feuillage s’étendre sur 15 mètres. Le diamètre de son tronc se déploie parfois si largement que cinq hommes, bras ouverts, n’arrivent pas à le ceinturer! À sa pleine maturité, le bouleau jaune rejoint ainsi la haute futaie de la forêt mixte laurentienne, où il côtoie d’autres géants bicentenaires, tels l’érable à sucre, le tilleul d’Amérique, le pin blanc ou la pruche du Canada.

Cet arbre colossal croît essentiellement dans l’est de l’Amérique du Nord. Son aire de distribution a la forme d’une pointe de flèche, dont l’aileron supérieur va de la région des Grands Lacs jusqu’aux provinces maritimes, en longeant le sud du lac St-Jean. L’aileron inférieur recouvre approximativement la chaîne des Appalaches, autrefois appelées monts Alléghanys, et d’où lui vient son nom scientifique (betula alleghaniensis).

Toutefois, plus de 50% de son volume en bois se retrouve en terre québécoise! En raison de sa majesté et de sa présence si importante sur le territoire, le bouleau jaune a été retenu comme arbre emblème du Québec en 1993.

Son bois dur, au grain serré, résiste aux fissures et retient bien les vis et les clous. Il est très prisé comme bois de chauffage et en ébénisterie. Ses couleurs chaudes vont de l’ambre jaune au brun rougeâtre, et il a été amplement exploité dans la fabrication de parquets, de bureaux, de portes, d’armoires et de cercueils.

Une utilisation particulière concerne la production… de cure-dents. Ceux-ci existent depuis la préhistoire, mais bien qu’ils aient été fabriqués dans une diversité de matières, ce sont ceux en bois qui restent les plus populaires. Il faut cependant pour cela une matière ferme, claire de préférence, sans l’arôme prononcé des conifères et, surtout, qui ne se fissure pas aisément en échardes. Les premières machines automatisant la fabrication de cure-dents apparurent en Nouvelle-Angleterre, dans les années 1870, et pouvaient en produire plus de 2 millions par jour.

Michel Aubé, vice-président du CINLB et professeur retraité de l’Université de Sherbrooke