Laura Bégin est entourée ici de Louise Leblanc et de Valérie Lessard, enseignantes en sciences humaines, et du directeur général du cégep, Yvan O’Connor.

L’envers de la médaille

Pendant ses études en sciences humaines au cégep de Granby, Laura Bégin a obtenu une moyenne générale de 95,68 %. Un exploit qui lui a valu récemment la médaille académique du gouverneur général du Canada. En recevant son prix, la jeune femme inscrite en histoire à l’université a livré un touchant témoignage. Son parcours, elle l’a traversé envahie d’un trouble d’anxiété généralisé et d’un trouble de panique. Preuve qu’une personne ne se limite pas qu’aux diagnostics qu’elle porte en elle.

Laura visait deux objectifs en livrant son témoignage lors de la collation des grades du cégep dernièrement. Elle voulait d’abord briser l’idée voulant que les troubles de santé mentale affectent l’intelligence. Elle souhaitait prouver que ceux-ci peuvent ne pas affecter ou limiter le rendement. Aussi, à ceux qui souffrent, elle tenait à leur dire qu’ils n’étaient pas seuls.

« Il y a des gens qui souffrent sans qu’on s’en rende compte », dit celle qui en a surpris plus d’un par son discours, n’ayant que très rarement parlé de son état à ses camarades de classe ou à ses enseignants. 

« Et pour ceux qui souffrent, je sais à quel point ça fait du bien de savoir que d’autres vivent la même chose, a-t-elle ajouté. Ne pas se sentir seuls, ça met un baume. Tellement. »

Laura avait 13 ans quand l’anxiété s’est manifestée pour la première fois. À la puberté, en première secondaire, elle s’est mise à s’isoler, à jouer à des jeux vidéo et à limiter ses sorties. Quand des symptômes physiques et de la tristesse se sont mis de la partie, elle a décidé de consulter. Diagnostic : trouble d’anxiété sociale et trouble d’anxiété généralisée.

« Je faisais de mauvaises associations (dans ma tête), raconte la jeune femme avec beaucoup d’ouverture et de maturité. Par la thérapie cognitivo-comportementale, on a travaillé à recadrer ma façon de penser. Mais juste d’en parler, ça m’a fait beaucoup de bien. »

Une vie sociale bien remplie par la rencontre d’un premier amoureux est venue à bout de l’anxiété sociale. 

La fin du monde

Mais un soir d’octobre, alors qu’elle amorce sa troisième secondaire, pour aucune raison apparente, Laura est frappée d’une crise de panique. « Je pensais mourir ou devenir folle ! », se souvient-elle. 

Et les crises se sont multipliées. À ce moment, elle pouvait en faire jusqu’à trois fois par jour. « Mais j’allais à l’école, dit-elle. Je n’ai pas manqué beaucoup. J’ai toujours aimé apprendre et lire. J’aime l’école ! Cela n’a jamais affecté mes résultats scolaires. »

À cette époque, on lui diagnostique un trouble de panique. « C’était très dur à vivre, avoue-t-elle. Quand on est anxieux, il est difficile de se parler. Même si ce qu’on se dit a du sens et qu’on le sait, notre cerveau, lui, ne veut pas le prendre. »

Laura doit alors se résoudre à prendre de la médication. « Ma mère, elle aussi aux prises avec un trouble anxieux et qui est médicamentée, m’a vite rassurée, se souvient-elle. Sans ça, elle ne serait pas là aujourd’hui. La médication a permis à ma thérapie de fonctionner et après un mois, quand je me parlais, je me croyais ! »

Avec le temps, son état s’est sans cesse amélioré, ses attaques de panique cessant de l’handicaper. En quatrième secondaire, elle a même participé à un échange étudiant de trois mois au Mexique. « Ma mère ne voulait pas que mon anxiété me limite. Et ça a été la plus belle expérience de ma vie ! Je n’ai pas été anxieuse une seule fois. Ça m’a donné confiance en moi. »

Cessant sa médication en cinquième secondaire, Laura n’a pas eu d’autre choix que de recommencer une fois au cégep, ses crises étant de retour, mais cette fois plus fortes et sur une base quotidienne. Lors d’exposés oraux, c’était infernal. « Un jour, je pensais que j’allais mourir en avant, raconte-t-elle, capable aujourd’hui d’en rire. Je m’accrochais au bureau. À la fin, l’enseignante m’a dit que c’était ‘super bon’ et j’ai eu 100 %. Quand ça allait mal, ça ne paraissait pas, mais en dedans, c’était la fin du monde. C’était fort. »

Heureusement, des enseignants avec une bonne écoute ont, à ce moment, croisé sa route. Comme son prof d’éducation physique et son prof de philo, affectueusement appelé « Touba ».

« Touba m’a motivée et encouragée, explique Laura. Il me disait que le diagnostic n’avait pas à me limiter. Que malgré tout, malgré lui, je pouvais me réaliser. Que j’étais plus que ça. Plus que ce tag.»

« Même avec un trouble de santé mentale, poursuit celle qui rêve de devenir bibliothécaire, on peut accomplir de grandes choses. Eh oui, on peut s’en sortir! La preuve que l’anxiété ne me limitera jamais ? Cette médaille que j’ai reçue. »