Le chancre charbonneux est le mycélium cristallisé exposé à l’air libre.

L’énigmatique charbon qui dépollue… le corps!

CHRONIQUE / Le bouleau jaune se dresse majestueusement contre l’hiver boréal. Mais en dépit de son allure altière, son écorce rugueuse est affligée d’une brûlure noirâtre, un chancre dur, parfois aussi gros qu’une moitié de melon et qui a toute l’apparence du charbon. C’est le polypore oblique, un étrange champignon appelé communément «chaga» dans les cercles de médecine alternative, où sa popularité est grandissante.

Les pharmacopées traditionnelles du nord-est de l’Europe et de la Russie lui reconnaissent de fabuleuses vertus médicinales depuis des siècles. Le chancre moulu donne une poudre couleur café consommée en tisane. On lui attribue des propriétés analgésiques, anti-inflammatoires, anticancéreuses, antivirales, antidiabétiques et antioxydantes. Sa consommation stimulerait également le système immunitaire. Dans la dernière décennie, ce champignon a fait l’objet de plusieurs publications dans des revues de biochimie et de pharmacologie. Ces recherches confirment la plupart des propriétés évoquées, en particulier sur des cellules vivantes (in vivo) et sur des animaux, généralement des souris, mais leurs effets sur les humains sont encore à l’étude.

Le caractère énigmatique de ce champignon ne provient cependant pas de ses vertus médicinales, mais du fait que le chancre charbonneux est en fait le mycélium cristallisé exposé à l’air libre. Cette partie végétative, la plus volumineuse d’un champignon, est généralement enfouie sous terre ou au cœur d’un arbre, alors que la partie sexuelle (le sporophore) est au grand jour, ce qui facilite la dispersion des spores. Dans le cas du chaga, le sporophore est à l’intérieur, sous l’écorce. Il ne se développe qu’après la mort de l’arbre hôte et il est rarement observé. La question se pose alors du mode de dispersion des spores qui apparaissent ainsi emprisonnées.

Une réponse y a été proposée il y a moins de cinq ans. Des coléoptères de la famille des mélandryidés ont été trouvés sur le sporophore, leur système digestif contenant des parcelles du champignon et, en particulier, des spores. Ces insectes émettent des phéromones qui convient massivement leurs congénères à ce festin et le sporophore tout entier est dévoré en quelques jours. Par leurs déjections, ces insectes constitueraient donc les mystérieux vecteurs de dispersion.