Le visiteur du soir… en wingsuit

CHRONIQUE/ Le wingsuit, ou combinaison ailée, est un vêtement utilisé pour un sport extrême du même nom. Fait d’un tissu joignant les poignets aux chevilles, il se gonfle sous la pression de l’air et permet au sportif de planer sur de longues distances à l’occasion d’un saut vertigineux à partir de hauts sommets. Or cette étrange idée a déjà été inventée au gré de l’évolution, car quelques espèces animales l’utilisent pour leurs déplacements insolites.

C’est le cas du grand polatouche, la plus abondante des deux espèces d’écureuils volants habitant le Québec. Il appartient à la famille des sciuridés qui regroupe aussi les écureuils terrestres, les tamias, les marmottes et les chiens de prairies. Long d’une quinzaine de centimètres, il a un pelage de couleur cannelle et sa tête présente des tons de gris. Il a de grands yeux noirs, très doux, que l’on dirait rêveurs. Ce petit mammifère dispose d’une membrane de chair, le patagium, qui joint les pattes avant aux pattes arrière, et qu’il déploie lorsqu’il se lance du haut d’un arbre. Ce vol plané lui permet de couvrir une cinquantaine de mètres, parfois plus. L’animal est aussi doté d’une large queue aplatie longue d’une douzaine de centimètres. Celle-ci lui sert à moduler sa direction et aussi de frein à l’arrivée au sol ou sur un tronc. Le polatouche fait preuve d’une grande dextérité, circulant aisément entre les fûts des arbres et pouvant même effectuer un vol en demi-cercle.

Ce sport est d’autant plus extrême que l’animal est essentiellement nocturne et que ses vols sont effectués en pleine nuit. Avant chaque saut, ses grands yeux adaptés à la noirceur scrutent le paysage comme pour repérer les obstacles et planifier sa trajectoire. Sa cible peut être très précise, telle une grappe de fruits ou de noix, ou un trou à explorer comme nid éventuel.

Présent au CINLB, cet animal fascinant est rarement observé, en raison de ses mœurs nocturnes et de ses déplacements surtout aériens et arboricoles. C’est toutefois un visiteur occasionnel aux mangeoires, qu’il atteint discrètement la nuit en plein vol et d’où il repart dans l’ombre, tout aussi silencieusement.

Jusqu’au lundi 14 janvier, vous pourrez observer un grand polatouche vivant lors d’une visite au CINLB.

Michel Aubé, vice-président du CINLB 

et professeur retraité de l’Université de Sherbrooke