Le singulier hennissement du chat à plumes

CHRONIQUE/ La journée a été belle sur les pistes. Le soleil à l’horizon fait luire la neige granuleuse qui crisse sous les skis. Le lac se marque par endroits de taches sombres, là où la fonte est plus avancée. L’air est vif, calme, silencieux. Soudain, une longue trille jaillit de nulle part, telle une grenouille hâtive appelant l’effervescence printanière. À la mi-mars, ce n’est quand même pas possible, la glace emprisonne encore le marécage! La stridulation est un peu lugubre, moins joyeuse que chez les rainettes. Puis, bizarrement, elle se change en un étrange hennissement…

C’est le petit-duc maculé qui entame sa mélopée nuptiale. Long d’une vingtaine de centimètres, à peine de la taille d’un merle, c’est le plus petit de nos hiboux. Il n’est pas rare, mais il est discret et détecté rarement, même par les ornithologues aguerris. Son plumage, le plus souvent grisâtre, parfois roux, a une apparence irrégulière, comme l’écorce craquelée des vieux troncs, contre lesquels il se dissimule efficacement. Il affectionne les boisés avec de grands arbres matures dotés de trous suffisamment grands pour y établir son nid. Il s’agit généralement d’anciens nids de pics ou de cavités créées par de grosses branches cassées, évidées par les champignons.

D’allure trapue et robuste, le petit-duc a de grands yeux jaunes et de petites aigrettes pointues sur le crâne qui lui font comme des oreilles de chat. Les véritables oreilles sont cachées sous le plumage, plus bas sur la tête. Leur position dissymétrique affine considérablement la précision dans la détection des sons, lui permettant de repérer les moindres bruissements ou crissements des petits rongeurs sous les feuilles ou la neige.

Assez agile pour attraper une chauve-souris en plein vol, c’est un prédateur redoutable pour les campagnols et les souris. Il affectionne également les petits oiseaux, parulines ou mésanges et chasse aussi les cigales et les papillons de nuit. En raison de son agilité, de sa férocité et de la diversité de son régime, les ornithologues anglo-saxons l’appellent parfois feathered wildcat, le «chat sauvage à plumes».

Ses aigrettes en pointe et ses yeux paresseusement fermés le jour renforcent cette apparence.

Michel Aubé, vice-président du CINLB et professeur retraité de l’Université de Sherbrooke