Le Kamasutra du mulet cornu

CHRONIQUE / Le mulet à cornes est probablement l’espèce de cyprinidés (ménés) la plus répandue dans l’est de l’Amérique du Nord. On le retrouve aussi bien dans les ruisseaux forestiers que dans les fossés bordant les routes ou les canaux de drainage des terres agricoles.

D’une longueur moyenne de 10 cm, il peut atteindre 30 cm chez les plus gros spécimens. Il est surtout reconnaissable à une tache sombre qui obscurcit la base antérieure de sa nageoire dorsale. Une barre noire traverse ses flancs du museau à la queue, séparant le dos brun olivâtre du ventre blanc crème, mais cette ligne s’atténue et disparait chez les plus vieux spécimens.

Le nom de mulet provient du latin (mulleus: de couleur rouge), et réfère à la teinte rosâtre qui apparaît chez le mâle en période de frai, sur la tête, les flancs et les opercules (recouvrant les ouïes). À cette période, sa tête se couvre également de deux rangées de tubercules en forme de cornes. D’autres aspérités plus fines apparaissent aussi sur les opercules et à l’extrémité des flancs, près de la queue.

Dès que la température de l’eau dépasse 14 degrés, le mâle s’affaire à construire, dans le lit du ruisseau, un petit remblai à contre-courant en transportant de petits cailloux recueillis dans sa bouche. Par moment, il aspergera de sable sa construction pour en solidifier les fondements. La dépression ainsi creusée en amont deviendra son nid d’amour.

Le mâle se glisse sous la femelle, puis la redresse à la verticale en lovant son corps en demi-cercle autour du sien

Il chasse les intrus qui rôdent, mais laisse volontiers entrer une femelle, reconnaissable à sa taille inférieure et à son abdomen gonflé d’œufs. Le mâle se glisse alors sous elle, puis la redresse à la verticale en lovant son corps en demi-cercle autour du sien (image). En la maintenant grâce aux aspérités de ses opercules et de ses flancs, il presse son ventre et provoque la ponte de quelques dizaines d’œufs qu’il imprègne aussitôt de sa semence. La posture est tenue moins d’une seconde, après quoi la femelle se laisse glisser vers la surface, ventre en l’air, comme engourdie. Mais il lui suffit d’un petit repos en eau profonde avant de revenir… vers l’alcôve!