France Arbour et la directrice générale de la Société d’histoire de la Haute-Yamaska, Johanne Rochon. Une rencontre qui jetait les bases de la création du fonds d’archives de Mme Arbour.

Le fonds d’archives France Arbour est en création

La Journée internationale des femmes sera célébrée dans deux jours. Le 8 mars, c’est la date à laquelle la directrice générale de la Société d’histoire de la Haute-Yamaska, Johanne Rochon, souhaitait se coller pour dévoiler la volonté d’une grande dame de Granby d’offrir divers documents personnels à l’organisme. France Arbour s’adonne présentement à un grand ménage. Un tri minutieux qui donnera naissance à un fonds d’archives à son nom.

« C’est le bordel, mais c’est gardé ! Je suis une fille pêle-mêle... », a lancé Mme Arbour en riant. Même si elle est freinée par des problèmes aux jambes, France Arbour n’a rien perdu de son verbe, de son élan ni de son humour. Ce jour-là, Johanne Rochon lui rendait visite pour aborder la logistique entourant le don de documents à la Société d’histoire de la Haute-Yamaska. C’est d’ailleurs la directrice générale elle-même qui lui a proposé de léguer une partie de ses souvenirs. Pour l’Histoire, la sienne, celle de sa famille, celle de Granby et plus encore.

« Je connaissais son parcours et j’ai été impressionnée par le personnage », raconte Johanne Rochon.

« L’Histoire se fait à partir de documents, poursuit-elle. Nous en avons besoin pour avancer, pour comprendre, pour prouver. Ce sont nos sources. Ces documents servent aux chercheurs, sur différents thèmes. Pour nous, les archives de Mme Arbour représentent donc une source inestimable. Son cheminement est très intéressant, entre autres pour toutes ces femmes nées à une époque où très peu étaient mises à l’avant. »

Comme l’a souligné ce jour-là Mme Rochon, France Arbour c’est 32 films, 29 séries télévisées, 48 pièces de théâtre et de nombreuses émissions radio et télé. À cela s’ajoutent d’innombrables implications bénévoles pour faire rayonner la culture à Granby, des histoires pour enfants, plusieurs spectacles des Conteuses, l’enseignement, des voyages...


«  C’est de la transmission de connaissances. Ce que j’ai toujours aimé faire.  »
France Arbour

Un fonds sans fond
Celle qui a aujourd’hui 82 ans se prépare ainsi à donner des documents qu’elle a elle-même écrits : livres, articles, matériel pédagogique, chroniques. Des critiques de films ou de pièces dans lesquelles elle a joué. Des photos de tournage et de famille. La version originale du calendrier du premier Printemps culturel, événement au cours duquel elle avait réussi, du 14 avril au 20 juin 2004, à proposer aux gens de Granby une activité culturelle quotidiennement. « J’ai dit ‘On va mettre de quoi TOUS LES JOURS ! Et on l’a fait », se réjouit-elle.

France Arbour devant une première pile de documents qui garniront ses archives qui seront désormais conservées à la Société d’histoire de la Haute-Yamaska.

En plus du certificat qui accompagnait la médaille qui lui a été décernée dans le cadre du 150e anniversaire de la Confédération du Canada en 2017, France Arbour entend léguer à l’organisme de conservation la version couleur du livre sur l’apprentissage du français et du wolof, rédigé en 1998-1999 avec Ousmane Diouf. Un outil toujours utilisé de nos jours dans 116 écoles au Sénégal. Les chances sont aussi très grandes de voir des piles de boîtes de cartes postales alimenter ses archives. Celles qu’elle expédiait à sa mère lors d’une traversée de l’Amérique du Sud « à pied, en autobus et en train », en 1971. Celles qu’elle lui envoyait de l’URSS lors d’un voyage, toujours seule, en 1972 et d’autres, que sa mère et elle postaient à son père alors qu’elles parcouraient ensemble le Canada, à une certaine époque.

Comme la dame amorce son ménage, plusieurs autres documents viendront garnir le fonds.

« J’en ai tellement ! », souligne Mme Arbour, qui ne cache pas vivre de grandes émotions en se replongeant ainsi dans son passé. « C’est parfois difficile, dit-elle. Je m’arrête à chacun et je pense aux gens qui sont morts. Tellement sont morts... »

Mais elle qui dit avoir toujours aimé le monde et, surtout, aimer parler avec lui, se réjouit de pouvoir poser ce geste de partage par l’entremise de la Société d’histoire de la Haute-Yamaska.

« C’est de la transmission de connaissances, dit-elle. Ce que j’ai toujours aimé faire. »

Pour lui faciliter la tâche, Mme Rochon l’a invitée à séparer ses documents par « séries ». « De cette façon, ça devient clair et ça simplifie le travail de classement. Ne classez pas trop et ne vous souciez pas de mettre ça par année. Parfois, des documents que vous jugez peut-être inintéressants peuvent l’être pour nous. On s’occupera de classer par année ! »

La directrice générale avait même pris soin de lui fournir une première boîte archivistique sans acide pour y déposer ses premiers documents.

« Je suis certaine que nous allons faire des découvertes intéressantes, a dit Mme Rochon. C’est tout un pan de l’histoire qui nous est chaque fois révélé. »

Un travail de moine

En léguant divers souvenirs à la Société d’histoire de la Haute-Yamaska, France Arbour rejoindra ainsi plus de 300 fonds et collections d’archives provenant de familles, d’individus, d’associations, d’industries et des milieux municipaux et scolaires de la région. Ses documents s’ajouteront aux 257 mètres linéaires de documents textuels que compte l’organisme. Ses photos s’additionneront aux
543 777 déjà accessibles.

Souvent, un fonds d’archives est créé après le décès d’une personnalité marquante. La plupart du temps, c’est la famille qui offre les documents à la Société d’histoire. L’architecte et ex-maire Paul-O.-Trépanier, comme Mme Arbour, a remis une partie de ses archives en main propre, souligne Johanne Rochon, directrice générale de l’organisme. « Il nous a remis plusieurs de ses plans d’architecte et beaucoup de documentation du temps où il était en politique. »

Paul Brunelle, chanteur country de Granby dont la biographie vient tout juste d’être lancée par Roger Lafrance, Paul Brunelle - Le chevalier chantant, compte également un fonds d’archives à son nom. Même scénario, bien sûr, pour l’ancien maire Horace Boivin, Joseph-Hermas-Leclerc, la famille Miner et bien d’autres. 

« Pour chacun, une biographie est écrite, explique Mme Rochon. Après, on décrit minutieusement ce que contient le fonds qui, lui, est toujours divisé en séries. Tout est conservé dans des chemises sans acide et parfaitement identifiées avec un numéro de série et de dossier. » Difficile de savoir quand exactement le fonds d’archives France Arbour sera complété et accessible pour consultation. « Le tout dépend de la disponibilité de Mme Arbour », a souligné Johanne Rochon avec ouverture.

Confinée à la maison à cause de son état de santé, Mme Arbour souligne que le moment est idéal pour se lancer dans le ménage. « Ça tombe bien et j’ai le goût ! , dit-elle. Je vais travailler là-dessus. Souvent, je fais de belles surprises et je découvre des choses que j’avais oubliées... »

Dans le cadre de la Semaine de la francophonie, France Arbour prendra un congé de ménage pour célébrer la Francofête à Granby. Le dimanche 17 mars, à 13h, à la salle Boréart du Centre culturel qui porte son nom, Mme Arbour présentera une conférence intitulée Du plaisir avec les sons ou du fun avec les phones. Présentée par l’Association Québec-France, la rencontre prendra la forme d’un jeu associatif de mots et de sons qui agrémentent la langue française. C’est pour tous et gratuit. Le Centre culturel France-Arbour est situé au 279, rue Principale, à Granby. 


Femmes d'exception recherchées

En travaillant sur le fonds d’archives France Arbour, une femme qui a marqué l’histoire de la culture à Granby, voire au Québec, Johanne Rochon n’a pu faire autrement que de penser à toutes ces autres femmes qui ont, elles aussi, laissé leur trace dans la région. Avant de quitter son emploi pour vivre sa retraite, la directrice générale de la Société d’histoire de la Haute-Yamaska voulait donc en profiter pour lancer un appel à tous. 

Ceux qui possèdent des documents portant sur des femmes qui ont fait une différence sur le territoire, peu importe le domaine, sont invités à les offrir à l’organisme. « Les femmes impliquées et toujours vivantes sont aussi appelées à venir nous voir avec leur matériel », insiste-t-elle.

Pas facile de dresser l’histoire des femmes dans la région avant 1964, souligne Mme Rochon. Avant cette date, une femme ne pouvait même pas signer un contrat à son nom. « Moi, ma première voiture, c’est mon père qui a dû signer », a d’ailleurs raconté France Arbour, la tête remplie d’anecdotes. « Avant cette année-là, les femmes n’apparaissent pas dans les documents, regrette 

Mme Rochon. On ne sait rien de leur implication. C’est plein de femmes qui se sont impliquées, mais on ne les connaît pas. »

Les gens qui souhaitent donc léguer des documents, photos ou artéfacts divers concernant une femme d’exception d’ici n’ont qu’à se présenter aux bureaux de la Société d’histoire de la Haute-Yamaska situés au 135, rue Principale, à Granby.

Visiblement passionnée par le sujet, Johanne Rochon ne cache pas que l’écriture d’un livre sur l’histoire des femmes dans la région pourrait être fort intéressant pour les années à venir. « Ça serait pour moi un beau projet de retraite... »

Après 39 années passées à la Société d’histoire de la Haute-Yamaska, Johanne Rochon tirera sa révérence en mai prochain.