Le cheval du diable et le maître Kung-Fu

CHRONIQUE/ Un insecte étrange et fascinant arpente les champs herbeux en friche où abondent les criquets, les sauterelles, les abeilles et les papillons. Long de 5 à 8 centimètres, il a une tête large et triangulaire dotée d’énormes yeux globuleux. Selon l’environnement, sa couleur peut varier du vert tendre des jeunes pousses au beige, couleur de foin brûlé. Il avance en se dandinant sur ses quatre pattes arrière, alors que ses pattes avant, pourtant bien plus robustes, restent repliées contre le corps, comme dans une posture de prière.

C’est la mante religieuse, nommée ainsi en raison de son allure pieuse. Mais c’est une redoutable prédatrice, dont les pattes avant, épineuses et dentelées, peuvent se détendre à la vitesse de l’éclair, atteignant sa cible jusqu’à une distance de 7-8 centimètres. La proie est aussitôt ramenée vers les mandibules et disposée de façon à ce que la mante puisse la dévorer en commençant par la tête. En cajun, elle est appelée «cheval du diable», sans doute en raison de sa démarche sur quatre pattes et de sa terrible voracité.

L’insecte est aussi reconnu pour son cannibalisme sexuel. Le mâle, de deux centimètres plus petit que la femelle, approche prudemment celle-ci par derrière, généralement alors qu’elle est occupée à manger. Il la chevauche alors et procède à l’accouplement. Mais une fois sur trois, la femelle se retourne, lui saisit le crâne et lui dévore la cervelle. Le mâle décérébré poursuit cependant la copulation, réalisant même la pénétration lorsque celle-ci n’a pas encore eu lieu, car les ganglions neuronaux de l’abdomen guident correctement les réflexes reproducteurs requis.

Lorsqu’elle se sent menacée, la mante fait face en ouvrant ses pattes avant et en pointant leurs extrémités acérées vers l’adversaire. Sa posture oscillante ressemble à un kata d’art martial, et elle a effectivement inspiré un style de Kung-Fu, le Tang lang quan, ou «voie de la mante religieuse». Son origine remonterait au maître Wang Lang qui l’aurait codifié au XVIIe siècle, à la fin de la dynastie Ming, en observant la souplesse, l’agilité et l’efficacité avec laquelle la mante évitait les attaques dont elle était la cible.