Marie-Ève et Émilie Janvier, entourant leur mère, Johanne Lussier

Le bonheur, il est là!

La joie de vivre caractéristique de Louis-Philippe Janvier lui a survécu, et ce, même si le cancer l’a emporté en 2013. Sa mère, Johanne Lussier, présente ainsi « Le Bonheur, il est où ? », le nouveau spectacle de Musicophonie, qui sera animé les 8 et 9 novembre prochains par ses filles Émilie et Marie-Ève Janvier. « Après le deuil, je me rends compte que le bonheur peut encore exister », dit-elle, faisant notamment référence à ses petits-enfants, dont le petit Éloi qui devrait naître d’un jour à l’autre.

« Quand mes parents ont fondé Musicophonie avec ma tante Diane, le but était de vivre, d’oublier la maladie et de se rassembler tous ensemble. Ils nous ont vraiment inculqué que chanter, c’est pour faire du bien », rappelle Marie-Ève Janvier, en entrevue avec sa mère et sa sœur dans les locaux de La Voix de l’Est.

Avec le recul, Johanne se rend compte que les thèmes choisis depuis le décès de Louis-Philippe — Debout en 2015, et En famille en 2017 — sont comme le reflet de sa vie : « Debout, cela signifiait qu’après un deuil, une épreuve, on se demande comment faire pour se tenir debout. Deux ans après, c’était la thématique de la famille, parce que pour se tenir debout on a besoin des amis, de la famille. Et là, après plusieurs années, on est la recherche de nouveaux bonheurs, [...] comme avec la petite Léa de Marie-Ève, Émilie qui est enceinte... La vie continue. »

Une histoire de famille
La troupe Musicophonie est intimement liée à l’histoire de la famille Lussier-Janvier.

« Musicophonie, c’est l’histoire de notre vie. Quand j’avais trois ans, on chantait déjà dans la troupe, se souvient Marie-Ève. Notre activité familiale, c’était de se rassembler avec des amis, la famille,et de chanter. En même temps, on amassait des fonds pour les enfants malades.

Rappelons que la troupe Musicophonie et la Fondation Louis-Philippe Janvier sont nées en 1987, alors que le petit garçon luttait déjà contre la maladie.

« Louis-Philippe est le but de tout ça », résume sa mère. Après son départ, il fallait que ça continue.

« Je ne pouvais plus me passer de Musicophonie, il fallait que ça continue, dit Johanne. C’est trop beau » Alors que Louis-Philippe était à la barre de l’animation du spectacle, ses sœurs ont désormais pris le relais.

« Faire ensemble l’animation du spectacle, c’est ben touchant pour nous deux, a confié Marie-Ève. C’est comme si on redevenait les petites filles qui ont grandi dans une troupe de chanteurs, alors que beaucoup déjà présents à l’origine y sont toujours. »

Cet esprit de famille rejoint également les chanteurs, qui seront 75 à propager la bonne humeur dans les rangs du Palace.

« Tout est focusé sur le bonheur, insiste Johanne, directrice artistique de l’événement et qui chante parmi les choristes. Il y a beaucoup d’humour dans le spectacle. On ne se prend pas au sérieux. »

Patrice Michaud et Andréanne A. Malette
Entourés du directeur musical Simon Godin et de cinq musiciens, les artistes invités Patrice Michaud et Andréanne A. Malette occuperont tour à tour la scène du Palace les 8 et 9 novembre. Ajoutons que la chorégraphie a été imaginée par Stéphanie Hébert. Car les choristes ne font pas que chanter, ils dansent aussi !

Par ailleurs, la vente de billets va bon train. En une semaine, 1400 ont trouvé preneurs. Vendredi dernier, il en restait moins de 500 de disponibles.

En 2017, lors du dernier spectacle, la Fondation Louis-Philippe Janvier avait amassé 115 000 $, grâce au spectacle Musicophonie et aux événements organisés par leurs partenaires, soit le souper annuel des Écuries Bienvenue à Roxton Pond, le tournoi de golf au club Le Rocher de Roxton et le Tour cycliste Roulez pour vivre.

« Notre objectif est de dépasser ce montant-là ! », prévient Johanne.

De l’argent pour les 18-35 ans

Avec le Fonds Louis-Philippe Janvier, la Fondation du même nom aide directement les personnes de 18 à 35 ans atteintes de cancer. Tout l’argent amassé par le spectacle Musicophonie et par les événements des partenaires de la Fondation est désormais versé intégralement au Fonds. Depuis 2018, 20 000 $ ont ainsi été distribués à sept familles. «Il faut en parler, car les gens doivent savoir que ça existe», indique Johanne Lussier, la mère de Louis-Philippe, ce dernier étant décédé d’un cancer à l’âge de 26 ans.

Ce fonds a été créé en collaboration avec la Fondation du Centre hospitalier de Granby, dont Johanne est d’ailleurs la nouvelle coordonnatrice des événements. Elle n’enseigne plus à l’école de la Haute-Ville. Il a pour but de répondre aux besoins personnels, émotifs et financiers de ces jeunes adultes vivant avec le cancer. Concrètement, le Fonds permet de financer des frais de déplacements et d’hébergement lorsque les usagers doivent recevoir des traitements à l’extérieur du centre hospitalier, ou encore des services de professionnels de la santé tels des psychologue, kinésiologue ou massothérapeute. L’argent mis à leur disposition permet également de subvenir aux besoins de base pour la famille (nourriture, fourniture scolaire, électricité, téléphone), peut-on lire sur le site Internet du Fonds.

«Une mère monoparentale ayant reçu un diagnostic de cancer du sein a pu bénéficier de cette aide, donne Johanne en exemple. Elle a perdu son emploi et s’est retrouvée sans revenu. L’infirmière pivot de l’Hôpital de Granby lui a fait connaître le Fonds et nous avons pu l’aider directement en payant ses factures d’Hydro, ses déplacements pour qu’elle puisse suivre ses traitements à Sherbrooke. On a aussi payé une partie des frais de scolarité de ses enfants.»

L’argent est ainsi rendu disponible, en quelques jours seulement, dans le compte bancaire de la personne aidée. Les personnes malades résidant dans la région pourraient être éligibles à cette aide financière, plus spécifiquement celles situées sur le territoire couvert par les réseaux locaux de services de la Haute-Yamaska et de La Pommeraie. 

Une population délaissée

«Malheureusement, les 18-35 ans sont dans une tranche d’âge souvent oubliée, indique Marie-Ève Janvier, la fille aînée de Johanne Lussier. On parle beaucoup des enfants, avec notamment Opération Enfant Soleil, des 50 ans et plus aussi, mais pas des jeunes adultes. Parmi tout l’argent amassé pour la recherche sur le cancer, moins de 1% va aux 18-35 ans.» 

La jeune maman et animatrice précise qu’une personne ayant déjà eu un cancer alors qu’elle était enfant, a 70% de probabilité d’être frappée d’un deuxième cancer. «Notre frère Louis-Philippe faisait partie de ces nouvelles données-là.» 

Sa sœur Émilie est aussi sensible à leur réalité. «Ces jeunes adultes ont juste besoin de vivre, mais ils ne trouvent pas les moyens d’y arriver, regrette-t-elle. Ils cherchent à se sortir la tête de l’eau.»