L’ange porte-cœurs et sa valentine

CHRONIQUE/ Dans la mythologie germanique, les libellules étaient vues comme les messagères de Freyja, déesse de l’amour et de la beauté. Mais parmi ces petites fées ailées, aucune ne porte aussi bien cette association que la célithème indienne. Longue de 2,5 à 3,5 cm, avec des ailes de 5,5 cm d’envergure, cette libellule fréquente les berges du lac Boivin en juin et en juillet.

Le mâle a une tête et un thorax rougeâtres, marqués de stries foncées et son abdomen noir est paré de cinq taches vermeilles en forme de cœur. Chaque aile est ponctuée de trois taches marron. La marque qui borde le corps sur les ailes postérieures dessine un polygone irrégulier brun et rouge dont la largeur s’étend sur le quart de l’aile. Un réseau de nervures couleur sang parcourt les ailes diaphanes. Chacune des ailes antérieures porte à son extrémité une petite barre horizontale rose framboise. La femelle et les juvéniles présentent la même disposition de taches et de nervures, mais au lieu d’être rougeâtres, elles sont jaunes souffre.

Présente dans l’est de l’Amérique du Nord, la célithème indienne fréquente les cours d’eau et les marécages où la végétation des berges abonde en hautes herbes.

Elle s’agrippe à l’extrémité de ces plantes comme un petit fanion qui oscille au vent. Son nom anglais est calico pennant. Le terme calico évoque un tissu tricolore (rougeâtre-brun-jaunâtre) de coton brut produit autrefois dans la ville de Calicut, dans le sud-ouest de l’Inde. Le terme pennant désigne les petits fanions triangulaires qui pavoisent les haubans des voiliers et il évoque la position et l’ondulation des célithèmes lorsqu’elles se balancent à l’extrémité des roseaux.

Le mâle a l’habitude de se percher sur les plantes hautes des berges, sa tête aux énormes yeux orientée à l’opposé du plan d’eau. Il peut ainsi détecter l’arrivée des femelles venant chasser au-dessus de la rive. Il les intercepte aussitôt, tentant de les convaincre à l’accouplement. Si l’une d’elles y consent, il va ensuite l’accompagner en tandem pour la ponte au travers des plantes aquatiques émergentes (voir la chronique du 4/10/2017 sur le comportement semblable du sympétrum tardif).

Michel Aubé, vice-président du CINLB et professeur retraité de l’Université de Sherbrooke