La fée Antabuse et les ronds de sorcières

CHRONIQUE / Le clitocybe à pied renflé est un champignon observé en abondance, en septembre et octobre, dans les boisés mixtes du CINLB. Son pied, haut de 3 à 7 cm, est gonflé à la base comme une petite massue, d’où le qualificatif de l’espèce.

Son chapeau, large de 4 à 8 cm, est incurvé en entonnoir, et sa couleur varie du beige au gris pâle, avec parfois une teinte rosée. Sa chair blanche et spongieuse dégage une odeur douce et légèrement fruitée. 

Ce champignon est comestible… à condition d’éviter tout alcool dans les jours qui précèdent ou suivent sa consommation ! Sinon, il provoque, en terme médical, «l’effet Antabuse» (et non «la fée Antabuse», contrairement au jeu de mots du titre). Il s’agit d’un syndrome consécutif à la prise du disulfirame, un médicament utilisé dans le sevrage d’alcoolisme sévère, et dont «Antabuse» est une marque commerciale. Cette substance contenue dans le champignon entrave le métabolisme de l’éthanol par le foie. Combinée à l’alcool, elle provoque nausées, vomissements, tachycardie, douleurs thoraciques... Le patient associe la boisson à ces effets répulsifs et s’en dégoutte. 

La croissance de ce champignon apparait souvent disposée en cercle quasi parfait. Un phénomène qualifié par l’imagination populaire de «ronds de sorcières». Diverses légendes racontaient qu’ils étaient le produit de danses sataniques, et que les malheureux qui les traversaient étaient voués à un sort maléfique. 

La chose s’explique par le fait qu’un champignon ne constitue que l’organe reproducteur d’un organisme sous-terrain beaucoup plus étendu, le mycélium. Celui-ci se déploie en un vaste réseau de filaments et pourrait être comparé en dimension à un arbre entier, incluant les ramifications des branches et des racines. Le champignon serait comme l’un des fruits de cet immense organisme. Pour distinguer des fruits résultant des plantes à fleurs, on emploie plutôt pour les champignons le terme de «fructification». 

Le mycélium sécrète des enzymes qui décomposent la matière végétale pour en tirer ses nutriments. Ce réseau se déploie dans toutes les directions. Lorsque les nutriments du centre s’épuisent, le mycélium continue de se propager en anneau circulaire. Les champignons poussent en périphérie et créent ces fameux ronds de sorcières.

Michel Aubé,

Vice-président du CINLB et professeur retraité de l'Université de Sherbrooke