La dernière semaine de chaque mois, les membres du groupe s’affairent à la tâche pour préparer six recettes qu’ils emporteront avec eux, en plus d’une boîte de denrées qui servira à compléter les repas cuisinés.

La Chaudrée à la rescousse

Manger trois repas par jour : pour certains, cela peut sembler anodin ; pour d’autres, il s’agit d’un défi quotidien. Avec l’aide du Centre d’action bénévole (CAB) aux 4 vents et de son atelier culinaire La Chaudrée, une quinzaine de personnes mangent à leur faim, et ce, jusqu’à la fin du mois.

Sunny et Lucie peuvent eux-mêmes témoigner de l’importance de cette ressource. Tous deux affligés d’un trouble d’anxiété et vivant sur l’aide sociale depuis dix ans, le couple dans la quarantaine considère La Chaudrée comme une façon de s’enlever un poids financier lorsque la fin du mois arrive.

Il y a tout juste trois mois, le couple peinait à manger ne serait-ce qu’un repas par jour. C’est en prenant une marche que Sunny et Lucie ont rencontré Lyne Isabelle, intervenante au CAB.

De fil en aiguille, ils en sont venus à participer à l’atelier culinaire. « C’est très respectueux des gens ici. Vu qu’on fait de l’anxiété, ils nous ont mis dans un petit coin et, tranquillement, on s’est mêlés au groupe, mentionne Sunny. Pour nous, c’est une grande première ce qu’on fait là. Hier, on a dormi deux, trois heures... On aime ça venir ici, mais on est des anxieux. Pour nous, c’est comme un défi », a-t-il poursuivi.

Depuis six ans, La Chaudrée réunit des gens en situation de précarité financière qui ne sont pas admissibles à la pension d’invalidité pour différentes raisons. Le CAB aux 4 vents a donc élargi ses services de banque alimentaire pour répondre aux besoins de plus de gens possibles. « On priorise ceux qui ont le minimum sur l’aide sociale et qui sont considérés comme inaptes, mais qui ne le sont pas aux yeux du gouvernement », mentionne Lyne Isabelle, intervenante communautaire et responsable du volet alimentaire du CAB.

Une journée dans la dernière semaine de chaque mois, les membres du groupe s’affairent à la tâche pour préparer six recettes qu’ils emportent ensuite avec eux en plus d’une boîte de denrées qui servira à compléter les repas cuisinés.

« J’aime beaucoup la valorisation, le contact avec les gens et la dynamique. J’ai besoin de manger et avec le peu d’argent qu’on reçoit avec mon conjoint, ça aide à compléter la dernière semaine du mois », explique Lucie.

Faire plus avec moins

En plus de La Chaudrée, les usagers du CAB ont accès au groupe d’achat Vrac à Rabais par l’entremise duquel ils peuvent acheter des aliments en vrac à prix dérisoires (500 g de sucre à 0,65 $ ou encore 500 ml d’huile à 1 $). « Ça permet d’en faire plus avec ton chèque », constate Josée Archambault, directrice au CAB.

Pour Sunny et Lucie, cette alternative leur permet de se procurer des aliments en plus petite quantité plutôt que d’investir un gros montant pour une grosse quantité d’huile, par exemple.

Avec une moyenne d’achat se situant entre 140 $ et 180 $ par mois pour deux personnes, le couple estime que le Vrac à Rabais représente environ 50 % de son épicerie. « On a appris à manger mieux, parce qu’on n’a pas de moyens. C’est un travail à temps plein », a d’ailleurs lancé Lucie, qui fabrique elle-même ses produits ménagers.

Une famille

Véritable lieu d’appartenance pour plusieurs, La Chaudrée met de l’avant l’éducation alimentaire pour les moins bien nantis et les force à se lever le matin pour préparer des repas en groupe. Et au CAB, personne ne juge personne ; tout le monde s’accepte.

Selon Mme Archambault, cette activité est offerte dans une optique de partage et d’entraide.

« Ici, ça t’apporte la différence, a dit Sunny, ému. » « Les bénévoles sont des petites perles », a ajouté Lucie.

En effet, les bénévoles ont eux aussi le cœur à l’ouvrage. Ils se rendent au CAB la veille pour préparer les repas et choisir les recettes, selon les aliments disponibles dans la banque alimentaire.

« On part le plus possible avec ce qu’on a déjà dans le congélateur pour adapter les recettes et minimiser nos frais », mentionne Mme Isabelle.

Il arrive parfois qu’il soit nécessaire d’acheter certains aliments manquants pour varier les recettes proposées. Dans tous les cas, un maximum de 20 $ sera déboursé par le CAB.

« Si on peut offrir tous ces services, c’est grâce aux bénévoles. Pour eux, de voir les gens changer et évoluer, c’est gratifiant », dit Mme Archambault.

À la fin de chaque atelier, la tradition veut que les participants prennent le temps de s’asseoir pour partager quelques fromages raffinés et une bonne soupe qu’ils ont eux-mêmes cuisinée. C’est le moment idéal pour apprendre à connaître les autres et se féliciter d’avoir relevé ce beau défi.

« Ici, on a accès à des aliments qu’on ne pourrait pas se permettre. Ça nous donne un second souffle qu’on a pas depuis des années », mentionne Sunny.

Et devant l’abondance et la générosité du CAB les gens sont reconnaissants.

« Les choses dont les gens se débarrassent on dit merci. Les déchets des uns, c’est le trésor des autres », a conclu Sunny, heureux que Mme Isabelle ait croisé son chemin à un moment inattendu.

Un don inespéré

La philosophie de partage de Christian Fortin a de quoi inspirer les chasseurs de la région. Le Sheffordois a remis 50 livres de viande de chevreuil surgelée au Centre d’action bénévole (CAB) aux 4 vents de Waterloo récemment. Il s’agit du premier don — et non le dernier — pour le chasseur de longue date de 58 ans. Celui-ci espère inciter les autres chasseurs de la région à prendre son initiative en exemple. « Il y en a qui crèvent de faim, alors je voulais leur donner de la viande un peu », explique simplement M. Fortin.

Selon lui, si chaque chasseur donnait une petite partie de leur gibier, ce geste ferait une grosse différence pour les banques alimentaires.  « C’est peut-être juste parce que les chasseurs n’y pensent pas. J’espère qu’en voyant ça, ça va leur donner le goût », projette-t-il. Un don de viande de ce genre est loin d’être monnaie courante au CAB aux 4 vents. « Ça n’arrive pas assez souvent, lance Josée Archambault, directrice du CAB. Un don de viande comme ça, c’est très précieux et, effectivement, j’espère qu’on va réussir à répandre la bonne nouvelle pour qu’il y en ait d’autres qui le fassent », dit-elle.


En compagnie de son petit-fils, Christian Fortin est venu remettre sa viande à Lyne Isabelle et Josée Archambault du CAB aux 4 vents.

La quantité de viande fournie par le Sheffordois sera utilisée pour confectionner les tourtières de La Chaudrée spéciale de Noël. Elle permettra à une quinzaine de personnes de manger un repas typique du temps des Fêtes. « L’idée, c’est de multiplier la viande pour faire des recettes », explique Mme Archambault. Lyne Isabelle, intervenante communautaire et responsable du volet alimentaire du CAB, souhaite recevoir suffisamment de dons d’ici Noël pour faire des pâtés au poulet et des tourtières. « On a des pensées magiques, car pour l’instant on n’a pas de porc et pas de bœuf pour le repas de Noël, lance-t-elle. J’ai aussi besoin d’au moins deux dindes », termine-t-elle en soulignant que chaque don fait une différence.

La guignolée des médias, qui aura lieu le 6 décembre, aidera grandement à réaliser le repas de Noël. Mme Archambault rappelle que tout au long du mois de décembre, la population peut apporter des denrées ou des dons en argent au CAB. Cette collecte est faite au profit de la banque alimentaire qui vient en aide aux familles et aux personnes qui vivent avec des difficultés temporaires (perte d’emploi, maladie, séparation, etc.). Chaque année, entre 700 et 900 personnes reçoivent une aide alimentaire du CAB aux 4 vents.