Lucie Mainville est la designer derrière MoMa sur mesure.

La chaise qui ouvre des portes

Au moment de donner un deuxième souffle à un vieux fauteuil capitonné usé, Lucie Mainville, la designer derrière MoMA sur mesure, souhaite secrètement tomber sur «des bons d’épargne du Canada»! Ce qui ne s’est jamais produit encore... Ce qu’elle découvre le plus souvent, c’est l’inspiration. Ce qui n’est pas sans valeur. La preuve? Une de ses dernières créations lui a donné son laissez-passer d’exposante au Salon du design de Montréal (SIDIM). Par un heureux hasard, sa Chaise Trappeur fera partie de l’espace thématique portant sur la nordicité.

«J’avais toujours voulu y aller, mais j’avais le syndrome de l’imposteur..., ne cache pas Lucie Mainville dans son atelier rempli de carcasses de sofas. Et ça, même si je connais mon talent. J’ai hâte. J’ai une émotion!»

Lucie Mainville a lancé MoMa Slow Design en décembre 2014. Une minientreprise de conception, de récupération et de restauration d’assises diverses (causeuses, bergères, divan, chaises, etc.). Au fil du temps, celle-ci n’a cessé de se développer. «Je m’en vais directement où je voulais être sur l’objectif que je m’étais donné et qui est de cinq ans», dit-elle.

Ainsi, MoMa Slow Design a fait place à MoMa sur mesure, plus concret. Plus complet. À cette entreprise se greffent désormais quatre branches: MoMa Corpo, MoMa Inspiration, MoMa Slow Design et MoMa Sono.

Le résidentiel et le corporatif représentent actuellement 80% de son chiffre d’affaires. Le slow design, lui, 20%. «Je fais maintenant des panneaux acoustiques, des murs et des portes capitonnés», souligne-t-elle.

Son horaire est tellement chargé que jamais elle n’aurait pu prendre le temps de soumettre sa candidature au SIDIM. Sa présence là-bas est le fruit de sa collaboration avec Viviane Passmard, d’Idées Vives. Les deux passionnées de slow design possèdent un atelier sur le même étage aux Lofts de l’Impérial, à Granby. Leur rencontre n’est rien de moins qu’un coup de foudre professionnel.

«J’aime et je vois la grande qualité de ce qu’elle fait, raconte Viviane Passmard en parlant de sa voisine de palier. Je voyais sa chaise dans le coin de son atelier depuis tout ce temps et à un moment donné je lui ai dit qu’il fallait faire quelque chose avec. C’est du slow design pur. Il fallait lui rendre justice!»

Viviane Passmard, d’Idées Vives, (à droite), agit comme «agente» de la créatrice de MoMa sur mesure, Lucie Mainville, à gauche.

L’oeuvre en question est un don du proprio de Lucie. À l’origine, c’était un gros fauteuil capitonné typique du Royaume-Uni avec une «structure de métal un peu bancale», raconte-t-elle.

Devant l’instabilité de la chaise, la designer la soumise au brêlage, «une technique de noeuds de survie qu’utilisent les scouts!», pour ne garder que la structure. Elle a refait l’assise en cuir, créé un appui-tête «chemise de chasse» et ajouté un coussin de fourrure réalisé par Annie Paquette, de Fauve Design.

«C’est un collectif!», lance Lucie Mainville en riant.

«Plus je regardais ma chaise, plus je me disais que ça fiterait d’y ajouter un petit couteau suisse, raconte-t-elle. Eh bien le lendemain, pas deux mois après, le lendemain, j’ai reçu un divan à restaurer et devine ce qu’il y avait entre les coussins? Un couteau suisse! Je te le jure. Le lendemain! Une histoire comme ça, ça ne s’invente pas!»

La Chaise Trappeur a servi de ramasse-poussière et de patère pendant un an avant que l’oeil de Viviane Passmard s’y pose. C’est elle qui a entrepris les démarches pour que MoMa sur mesure figure parmi les exposants du SIDIM ce printemps.

La Chaise Trappeur.

«Elle était rendue là, insiste Viviane. C’est son premier show et c’est un show de design. Elle se trouve en dehors de ce qu’on connaît déjà. Elle sort du cadre et je crois que le SIDIM est prêt à être brassé!»

Une opportunité qui apportera une grande visibilité, se réjouissent les deux artisanes.

«Je veux aussi qu’elle participe au ‘vote du public’, indique Viviane qui agit en quelque sorte comme l’agente de Lucie et, du coup, de MoMa sur mesure. (voir autre texte). Tout ça va lui ouvrir beaucoup de portes.»

Le Salon du design de Montréal se déroule du 26 au 28 avril à la Place Bonaventure.

CHASSEUSE DE TÊTES D’ARTISTES

Faire rayonner les artisans du meuble, les slow designers et les  créateurs québécois qui plaisent à son oeil, c’est le plan de Viviane Passmard. Lucie Mainville, de MoMa sur mesure, est la première artisane qu’elle a décidé de prendre sous son aile.

«Lucie a le potentiel d’être au SIDIM cette année, je le vois, tranche Viviane Passmard. Pour moi, c’était évident qu’elle allait être acceptée.»

Après avoir été artisane du meuble et adepte du slow design, Viviane a décidé de donner une nouvelle tournure à Idées Vives, son entreprise. Elle entend offrir un lieu, «une galerie d’art, une boutique pour mettre en valeur les créateurs québécois que mon oeil aime», explique-t-elle.

L’artiste souhaite, ni plus ni moins, devenir une espèce «d’agente de créateurs». Une «chasseuse de têtes d’artistes».

«Sans vouloir être prétentieuse, j’ai l’oeil, dit-elle. J’ai le goût de prendre les artistes et les artisans sous mon aile.»

Cet été, avec Lucie Mainville, elle entend visiter le Salon du design de Chicago. «On va aller voir les tendances, indique Viviane. Là-bas, ils sont en avance sur nous, surtout dans le slow design. On va aller prendre le pouls pour pouvoir y exposer dans deux ans.»

«Peut-être avant!», a alors lancé Lucie, emballée. 

Ce à quoi Viviane, en bonne «agente» lui a répondu qu’il fallait savoir prendre son temps.

«Comme dans le slow design!», a-t-elle conclu.