Le condylure étoilé est un petit insectivore fouisseur de la famille des taupes.

La caresse de l’étoile… fatale et meurtrière

CHRONIQUE/ Une bête étrange hante les berges marécageuses du CINLB. Long de 20 centimètres, le condylure étoilé est un petit insectivore fouisseur et amphibie de la famille des taupes.

Son apparence frappe surtout par son museau éclaté en étoile, donnant l’impression que, dans sa course, il se l’est fracassé contre un mur. Ces curieux appendices nasaux font partie d’un appareil sensoriel d’une sensibilité inégalée chez les mammifères, rivalisant avec le pouvoir de résolution de l’œil. Mais ce système n’est pas visuel, il est tactile !

En forme d’étoile, ce fameux museau est composé de 11 paires de tentacules disposées symétriquement de chaque côté sur un diamètre d’un centimètre. Celles-ci sont recouvertes de 25 000 récepteurs (appelés organes d’Eimer) reliés par 100 000 fibres nerveuses, soit cinq fois plus que dans la main humaine. La densité des récepteurs augmente de la base à l’extrémité de chaque appendice, tout comme la sensibilité de la main augmente de la paume au bout des doigts.

Ce petit insectivore se déplace sous l’eau ou dans des galeries souterraines en tâtant constamment l’environnement de son museau. Lorsqu’une proie potentielle est effleurée par un appendice, l’animal oriente aussitôt son corps pour amener la onzième paire de tentacules en contact avec la cible. Celles-ci, plus courtes que les autres, sont situées au bas de l’étoile, au centre, juste devant la gueule. Ce comportement est comparé à celui de tourner notre regard pour fixer un objet en amenant l’image à l’endroit le plus sensible de la rétine.

Le condylure étoilé a une vision extrêmement réduite et la majeure partie de son cortex sensoriel est plutôt dédiée aux informations tactiles provenant de l’étoile. La onzième paire d’appendices occupe le quart de l’espace cortical consacré à l’analyse de ces informations. Cela confère à l’animal une reconnaissance extrêmement rapide de ses proies, qu’il ingère aussitôt et à une vitesse phénoménale. Les chercheurs estiment qu’une proie (un ver de terre, par exemple) est identifiée en une dizaine de millisecondes, puis grignotée en un cinquième de seconde. Cette rapidité à consommer sa pitance, la plus grande chez les mammifères, a été homologuée en février 2005 par le Livre Guinness des records !