En mai, cela fera 62 ans que Suzette et Marcel Corbeil partagent leur vie .

Jouer, un gage de santé

Sa retraite, Suzette Corbeil rêvait d’en passer une partie sur les planches. Même si elle avoue vouloir mourir chaque fois qu’elle monte sur scène, la dame de 81 ans enchaîne les rôles dans les pièces produites par la Troupe de l’Atelier Théâtre de Granby depuis un quart de siècle. Une passion qu’elle a vite transmise à son mari Marcel, 84 ans. Pour le couple, jouer est gage de santé.

Découvrir le théâtre a toujours fait partie du plan de retraite de Suzette Corbeil. C’est ainsi qu’à l’aube de la soixantaine, après avoir lu une petite annonce dans le journal, elle a joint les rangs d’une troupe de théâtre nouvellement implantée à Granby, l’Atelier Théâtre.


«  On est arrivés là verts comme des poireaux !  »
Suzette Corbeil

« J’aime tout du théâtre ! , lance la dame, loin de faire son âge. Cette activité m’apporte beaucoup. »

Souffrant de fibromyalgie depuis plus de 20 ans, Mme Corbeil a remarqué qu’au fil du temps, le théâtre lui faisait énormément de bien. « Apprendre mes textes me fait oublier mes malaises, insiste-t-elle. Le théâtre m’a gardé en bonne santé morale et physique. »

Pour Marcel, son entrée dans la troupe s’est faite... différemment.

« Elle m’a traîné de force ! », lance-t-il en riant, tout en jetant un regard moqueur à celle avec qui il partage sa vie depuis 62 ans.

En fait, chaque fois qu’il allait reconduire sa femme à ses répétitions de théâtre à La Ruche (maintenant le Centre culturel France-Arbour), on lui rappelait que la troupe manquait grandement d’hommes.

« Mais je repartais toujours sans entrer ! , raconte M. Corbeil, visiblement bouffon. Un jour, je suis allé voir. La troupe présentait un Oratorio, à plusieurs comédiens. C’était parfait. Mais l’année d’après, on jouait La Claque. Quand ça a fini, j’étais découragé. Pour moi, c’était terminé le théâtre ! »

C’est qu’une claque, le nouveau comédien en avait mangé toute une. Pour une première expérience, M. Corbeil a dû livrer pas moins de 176 répliques !

« On est arrivés là verts comme des poireaux ! », rappelle sa femme.

Grâce à Gisèle Southière-Rodrigue, qui gérait alors la troupe, M. Corbeil est toutefois revenu (vite) sur sa décision. « C’est elle qui nous a tout appris, tient-il d’ailleurs à préciser. Elle avait le don de nous flatter dans le sens du poil ! »

Marie Calumet
Et c’est comme ça, qu’avec le temps, tous deux ont joué dans 22 pièces différentes en 25 ans. « Ça a rempli notre besoin de loisirs », ne cache pas M. Corbeil. L’homme qui a opéré toute sa vie une petite entreprise de réparation d’appareils ménagers a d’ailleurs pu, au sein de la troupe, mettre à profit ses talents de bricoleur.

« Marcel, c’est notre patenteux depuis toujours ! », souligne Jean Cadieux, président de l’Atelier Théâtre et comédien dans la troupe. Par exemple, l’enclume du forgeron que les gens pourront voir dans la pièce Marie Calumet, qui sera présentée le 28 avril prochain à l’auditorium Desjardins du cégep de Granby, est une de ses oeuvres.

Écrite et produite pour marquer le 25e anniversaire de la Troupe de l’Atelier Théâtre, Marie Calumet, tirée du roman original de Rodolphe Girard et adaptée par Anne Tremblay, sera la dernière pièce dans laquelle le couple d’octogénaires jouera.

« On ne veut pas lâcher dans une défaite, mais sur une victoire », illustre M. Corbeil.

« On aime encore ça, mais on ne veut pas pousser notre luck trop loin, ajoute sa femme. C’est le chant du cygne ! »

Bien qu’ils soient en forme, les deux comédiens ne veulent pas mettre la troupe dans l’embarras si la santé venait qu’à défaillir soudainement.

« C’est un peu lourd à porter... », ne cache pas M. Corbeil.

Ainsi, Suzette Corbeil y interprétera la veuve Marianne, la dernière servante du curé Flavel avant l’arrivée de la fameuse Marie Calumet. De son côté, son mari jouera le rôle du maire, du notaire, du maître d’école et du peintre, des titres portés par un seul et même homme, comme c’était souvent le cas dans de nombreux villages au cours du dernier siècle.

« C’est vraiment l’atmosphère des Pays d’en Haut, assure Jean Cadieux. Celle d’un petit village en 1860. C’est un projet qu’on cogite depuis un bon bout de temps. »

Bien qu’ils quittent le théâtre le coeur gros, Suzette et Marcel Corbeil n’entendent pas délaisser la troupe pour autant. « Nous, on est membres à vie de l’Atelier Théâtre ! », tranche M. Corbeil. Les prochaines pièces, c’est dans le rôle de spectateurs qu’ils entendent les découvrir. Le tout après avoir fait vivre toute la gamme des émotions aux gens venus les voir jouer au cours des 25 dernières années. Et après avoir transmis l’amour du théâtre à un de leurs petits-enfants.

Pour vous procurer des billets pour Marie Calumet, sachez qu’ils sont en vente à la Bijouterie Gervais située au 159, Principale, à Granby, ou auprès de Jacques Lapointe au 450-991-1287. La pièce sera présentée le samedi 28 avril. Information : theatregranby.com