Jean-Luc Hébert relève désormais de nouveaux défis pour Saimen, basée à Shanghai. Du confort de son foyer, il ouvre les portes du marché chinois aux entreprises en divertissement d’ici.

Jean-Luc Hébert: spécialiste des accords

«Moi, mon bureau est à Shanghai. J’y étais d’ailleurs ce matin avant de venir ici!»

L’aller-retour Québec-Chine, Jean-Luc Hébert l’a souvent fait dans le cadre de son travail au cours des dix dernières années. Soixante-et-une fois, précisément, alors qu’il développait le marché asiatique pour le constructeur d’orgues canadien, Casavant Frères. Les portes du marché chinois, il continue de les ouvrir aux entreprises d’ici, mais différemment. Maintenant vice-président, ventes internationales et marketing pour Saimen, une compagnie basée à Shanghai, l’ingénieur électrique et organiste bien connu dans la région défriche et accompagne désormais du bout de son téléphone intelligent, dans le confort de son foyer.

«C’est le premier été que je passe au Québec depuis dix ans, lance-t-il, attablé dans un café de Granby, son patelin. Je suis maintenant beaucoup plus souvent ici. J’ai joint l’utile à l’agréable. Je suis ‘l’allié canadien’ de Saimen. Du Canada, j’aide à développer le marché chinois.»

Car ne s’installe pas qui veut dans l’Empire du Milieu. Là-bas, c’est «un autre monde», insiste-t-il. «Leur manière de faire de la business est thrillante, insiste celui qui a eu la chance de travailler également au Nigéria, en Corée, au Brésil, entre autres. Mais là-bas, il y a une hiérarchie incroyable. C’est toute une complexité à gérer. Ça prend vraiment un allié. Dans le fond, ce que Saimen offre, c’est ‘tu veux aller sur la Lune? Ok. Suis-moi, on va y aller ensemble’.»

Saimen est dirigée par un ingénieur québécois, Carl Breau. La compagnie veille à développer le marché chinois pour les entreprises spécialisées dans le domaine du divertissement. Parmi ses clients, on compte, entre autres le Cirque du Soleil et Casavant Frères.

Elle compte 43 employés, dont une douzaine de Canadiens et une dizaine d’ingénieurs. Seul Jean-Luc et ses deux employés travaillent à partir du Québec. Le reste de l’équipe est postée à Shanghai.

Saimen propose également un accès à une chaîne d’approvisionnement en services divers, en matériaux et méthodes de fabrication rentables.

«Et ça touche tous les domaines, souligne-t-il. De pièces spécialisées à n’importe quelle valve. On peut aussi s’occuper de tout ce qui touche les permis de travail, les licences d’immigration, etc. Dans le fond, on prend soin d’eux, car en Chine, c’est une surprise aux 15 minutes! Si c’était facile là-bas, on n’existerait pas. C’est trippant!»

Le prérequis pour faire son boulot? Aimer le challenge, dit-il.

«Ce qui est commum en affaires, partout dans le monde, c’est le lien de confiance que tu établis avec les gens, indique Jean-Luc. En Chine, la considération de la personne est toutefois très importante. Le respect de la hiérarchie aussi.»

D’ailleurs, avant qu’une équipe d’ici s’envole pour Shanghai, la première chose que le v.-p. lui explique c’est l’art de recevoir ou de donner une carte professionnelle. «Toujours avec les deux mains!», insiste-t-il. Et on regarde son interlocuteur dans les yeux avant de la lire. «Après, j’invite les gens à s’ouvrir un compte WeChat et d’y inclure une photo. Tout fonctionne par ça en Chine, car il ne faut pas oublier que les Facebook, Google, YouTube, etc. de ce monde n’y sont pas.»

Tout est «dans les petits détails, souligne-t-il également.

«Chaque voyage que j’y ai fait m’a permis d’apprendre quelque chose. J’en ai vu plusieurs [entreprises québécoises] sortir écorchées [de leur tentative de développer le marché chinois]. C’est un autre monde et il faut arriver à s’entendre sur un terrain commun. C’est ce que j’ai développé au fil du temps. Je suis devenu, en quelque sorte, une espèce de relationship manager!»

Mentor parmi les mentors

Même s’il a passé les dernières années à développer des liens avec la Chine, Jean-Luc Hébert n’a jamais négligé ses contacts ici, au Québec. La preuve: il œuvre depuis peu comme mentor pour le Hub créatif, un des projets lancés par Lune Rouge, la nouvelle entreprise de l’homme d’affaires Guy Laliberté. Un «lieu d’échanges et de création» qui fait appel, une fois de plus,  à ses connaissances du marché chinois et, à son plus grand bonheur, à son côté artistique. Dernièrement, Jean-Luc Hébert a été approché pour agir comme mentor au sein du Pôle de la créativité numérique du projet Hub créatif Lune Rouge. Trois mentors en font partie. Ce pôle créatif se veut l’ébauche d’une compagnie d’incubation en créativité. Le but est d’accompagner des entreprises du Québec qui travaillent dans le domaine de la création de contenus et des technologies créatives dans le secteur du divertissement à se faire une place sur le marché international. Pour le Granbyen, c’est la Chine.

«L’incubation m’allume et le développement, porter des projets, créer des liens, est une passion, raconte Jean-Luc Hébert. J’avais de l’énergie à mettre là-dedans.» Depuis août, il accompagne donc les deux femmes à la tête de Mentorly: Ashley Werhun, artiste professionnelle de la danse, et Katherine Macnaughton, cinéaste. Leur compagnie se spécialise dans le mentorat artistique et est déjà présente dans 13 pays. Sauf en Chine. «Ce sont deux femmes géniales qui permettent aux artistes d’avoir accès à une banque de 300 mentors, explique-t-il avec enthousiasme. Tout se passe sur la plateforme de mentorly.co, selon les disponibilités des mentors, comme des mentorés.»

Dans le cadre de ce projet-pilote, le but était de créer des liens entre la communauté artistique chinoise et montréalaise. Le délai pour y arriver? Trois mois. Ainsi, après avoir fait aller ses antennes, Jean-Luc a permis de tisser des ponts entre divers artistes de là-bas et d’ici, et ce, dans six domaines: la musique classique, le chant pop, l’art visuel, la photographie, la danse et l’art culinaire. «Comme on ne voulait pas arriver là-bas comme des conquérants en leur disant quoi faire, on est allé à deux niveaux dans l’axe mentor-mentoré, et dans les autres projets, les artistes des deux pays travaillent ensemble.»

Par exemple, pour le chant populaire, Stéphanie Bédard, une chanteuse connue au Québec, notamment pour sa participation à Star Académie en 2005 et comme chanteuse maison à l’émission Belle et Bum, est jumelée à Kelly Ren, fort populaire à Shanghai. «Kelly reprendra, à la chinoise, une chanson de Stéphanie qu’elle aura d’abord traduite, et Stéphanie reprendra, à la québécoise, une chanson de Kelly qu’elle aura elle aussi traduite.» Tous les projets mis de l’avant dans les six domaines artistiques seront présentés le 13 novembre. 

Un projet qui fait rêver

Appelé à partager son expertise avec de jeunes entrepreneuses par le biais du Hub créatif, Jean-Luc Hébert ne cesse de voir les points positifs d’un tel phénomène. Tellement qu’il aimerait pousser, un jour, l’idée plus loin encore. «On pourrait créer une aile ‘scolaire’», pense à voix haute celui qui s’implique autant à l’école secondaire de ses fils, le Mont-Sacré-Cœur de Granby, comme au Cégep de Granby. Une intention est née quand son fils Philippe lui a manifesté son intérêt à devenir pilote d’avion. Il n’en fallait pas plus au père de famille pour faire aller, de nouveau, ses contacts. Un ami pilote a aussitôt appelé le jeune homme pour lui parler de son métier, des études et habiletés nécessaires, des horaires, etc. «Ce genre de mentorat, avoir accès à des gens de ce niveau, d’atteindre des métiers qu’on ne retrouverait pas au coin de la rue, peut permettre à un jeune de réaliser son rêve», croit-il.