Le bois, le béton et le métal n’ont pas de secrets pour Martin Lebeau, qui donne une deuxième vie à d’anciens meubles et pièces d’usine.

Faire du beau avec du vieux

Lebeau, c’est son patronyme. Le beau, c’est ce qu’il fait. Le bois, le béton et le métal n’ont pas de secrets pour lui, alors qu’il donne une deuxième vie à d’anciens meubles et pièces d’usine.

Outilleur de métier, puis superviseur dans le secteur aéronautique, Martin Lebeau vit de sa passion depuis cinq ans. Son entreprise 2 Chance Déco ne faisait toutefois pas partie de son plan de match, à prime abord. «Mon projet de semi-retraite était d’avoir un studio photo dans mon garage, explique- t-il. Je créais un décor différent pour chaque séance, et quand j’en avais fini, on me demandait parfois si c’était possible d’acheter des pièces. Au départ, c’était plus de la restauration de meubles, mais de fil en aiguille, je me suis mis à créer des pièces uniques. Et les commandes se sont enchaînées...»

C’est dans son garage que s’entassent ses créations, toutes uniques et toutes aussi fascinantes les unes que les autres. Un bar fabriqué à partir d’anciens casiers de métal; une commode réalisée avec un ancien meuble de caisse enregistreuse de magasin général; une autre faite avec un chariot industriel et les portes d’une sacristie; de petites tables d’appoint nées de pièces de moulin à scie ou bien un ensemble comprenant un bar, une table et deux bancs originant de gros barils d’huile.

Une véritable caverne d’Ali Baba où on n’accède que sur rendez-vous, puisque toutes les ventes s’effectuent en ligne. Une première vente en Europe a d’ailleurs été réalisée, pas plus tard que la semaine dernière.

Plus rarement, M. Lebeau réalise des commandes spéciales. Il a, par exemple, transformé un ensemble de chambre à coucher en banc d’entrée.

Si toutes ses œuvres sont à vendre, Martin Lebeau affirme qu’il ne se défera jamais de l’une de ses premières pièces, un fauteuil douillettement rembourré fabriqué à partir d’une vieille baignoire.

Durabilité et plaisir
Toutes ses créations sont fabriquées à partir de matériaux recyclés. Des pièces qu’il amasse et collecte aux quatre coins de la province, que ce soit via les petites annonces, des encans ou par des contacts qui ont l’œil pour lui.

C’est dans le garage que s’entassent ses créations, toutes uniques et toutes aussi fascinantes les unes que les autres.

«Parfois, je cherche quelque chose de bien spécifique, relève M. Lebeau. Mais le plus souvent, c’est le morceau qui inspire le meuble. Quand je vois la pièce, je sais qu’il y a quelque chose que je peux faire avec.»

Le créateur privilégie le style industriel. «Ça donne une chaleur et un vécu à un décor», estime-t-il.

Sa matière première, comme il l’explique, «a passé par plusieurs mains» avant d’arriver dans les siennes. «Il y a un côté costaud et durable que j’aime bien. Le vieux, c’est fait solide. Je construis à partir de pièces qui ont 100 ans! Dans 100 autres années, elles seront encore là et toujours aussi solides», note l’autodidacte qui, à l’âge de 12 ans, a fabriqué lui-même son ensemble de chambre à coucher, dont ses parents possèdent toujours quelques morceaux à ce jour.

En plus de collaborer avec quelques designers, M. Lebeau prend part au Salon de l’habitation de Montréal et au Festival Kaput! d’artistes récupérateurs de Beloeil, où il a remporté le prix du public, l’an dernier.

En plus de faire connaître sa signature, ces événements lui ont fait réaliser qu’il évolue dans un créneau rarissime, sinon unique. «Dans ces salons-là, les récupérateurs, d’habitude, font des bijoux, des breloques, des cravates ou des chapeaux. Mais dans le meuble, je suis seul», a-t-il constaté.

La magie de Martin Lebeau s’opère au grand air, dans sa cour, ou dans son cabanon, lorsqu’il travaille le bois.

Certaines œuvres prennent plusieurs heures à réaliser, d’autres plusieurs jours. Le créateur ne voit pas le temps passer lorsqu’il travaille sur une pièce. «Je ne calcule pas mes heures! Parfois, je n’en dors pas, dit-il. Quand j’ai un projet, je suis incapable de m’arrêter tant que ça n’est pas fini!»

Martin Lebeau dans sa caverne d'Ali Baba.

«C’est que j’aime vraiment ça, ajoute-t-il. Il n’y a pas de routine, ce n’est jamais redondant.»