Élégant de famille et discret de goût… mais gare à la poisse!

CHRONIQUE/ Sous la ramure légère des mélèzes, alors que l’été cède peu à peu la place à l’automne, de petites bulles aux teintes lumineuses or, miel et safran, émergent par poignées au travers des sphaignes et de la mousse humide. Chacune d’entre elles se développera en un champignon magnifique, le Bolet de Clinton, un cousin sosie du Bolet élégant d’Europe, dont il n’a été distingué génétiquement qu’en 2016.

Aisément reconnaissable à son chapeau convexe d’un diamètre de 5 à 13 centimètres et de couleur orange brulé, il présente toujours une apparence luisante, même par temps sec. Comme s’il était recouvert d’une gelée. Par contre, la membrane qui recouvre le dessous du chapeau, l’hyménium, reste bien sèche. De couleur jaune citron, celle-ci est composée de milliers de tubules par où seront libérées les cellules reproductrices (spores) assurant la dispersion et la propagation de l’espèce.

Bien que comestible, ce champignon est beaucoup moins goûteux que la majorité des bolets, plus recherchés par les mycologues, et à la famille desquels il était rattaché jusqu’en 1997. Il a une odeur acidulée, presque métallique, et une saveur très discrète. Pour le consommer, il est cependant recommandé d’enlever la cuticule, la petite peau en forme de gel qui recouvre le chapeau. Celle-ci est visqueuse, poisseuse même, en raison d’une forte teneur en gluten, et peut occasionner des diarrhées ou d’autres troubles intestinaux. Cette petite opération peu ragoûtante décourage beaucoup d’amateurs. La chose est regrettable, parce que ce champignon est fort attrayant et largement répandu là où poussent des mélèzes.

Cette abondance est due à une mycorhization, une association entre le bolet et le mélèze, qui leur est mutuellement bénéfique. Le mycélium, qui est la partie végétative des champignons, se propage dans le sol sous la forme d’un immense réseau de filaments très fins. Ceux-ci, appelés hyphes, colonisent les racines des plantes et leur rendent disponibles des sels minéraux et divers autres nutriments provenant du sol. Par son étendue, ce réseau permet aussi de rejoindre des sources d’eau autrement inaccessibles pour le système racinaire. Le mycélium reçoit en retour de la plante des glucides et d’autres produits organiques.

Michel Aubé, vice-président du CINLB et professeur retraité de l’Université de Sherbrooke