La collection de livres Biblio-migrante, une histoire de vie, a été lancée vendredi par SERY à la bibliothèque Paul-O.-Trépanier.

Douze récits, autant de parcours

Une collection de livres a été lancée, vendredi, pour répondre à une problématique d’apprentissage chez les enfants migrants, mais aussi pour leur permettre de vivre le deuil de leur pays et sensibiliser la communauté à leur vécu.

Douze livres font partie de la collection Biblio-migrante, une histoire de vie, un projet subventionné par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur à hauteur de 6 154 $. Écrits par des élèves de 11 à 16 ans et leurs parents, les textes racontent l’histoire de chacun de ces enfants, qu’ils soient réfugiés, immigrants indépendants ou qu’ils aient été parrainés.

L’idée vient de Karen Alvarez, coordonnatrice du service d’intégration scolaire chez Solidarité ethnique régionale de la Yamaska (SERY).

«Depuis mon arrivée chez SERY, je vois plusieurs problématiques dans les écoles. Les enseignants me disent que les élèves allophones ne veulent pas écouter, qu’ils sont en colère, etc. Il y en a d’autres qui ne voulaient pas entrer en relation avec les autres enfants et les enseignants ne comprenaient pas pourquoi. Quand tu apprends le français, tu te perds. Et quand tu te perds, tu commences à parler avec ton voisin de bureau, tu dessines ou tu t’endors. Il y a des émotions dans l’apprentissage. Comment ces élèves peuvent apprendre s’ils sont en train de vivre leur deuil migratoire? Il faut donner une place à l’expression du deuil. C’est de là que le projet est né.»

SERY a obtenu une réponse positive du ministère en février. Deux semaines plus tard, les 12 familles participantes étaient trouvées.

Chez les réfugiés, il y a un enfant syrien arrivé dans la première vague migratoire, un Congolais, un Africain et un Colombien. Un Afghan et une Mexicaine ont, pour leur part, été parrainés afin d’emménager dans la région. Il y a également des immigrants indépendants qui ont décidé par eux-mêmes de quitter leur pays. C’est le cas, dans la collection, d’une famille algérienne, d’une autre du Kazakhstan et de professionnels de la Colombie. Un livre écrit par une famille syrienne aborde, quant à lui, ses traditions, dont le ramadan.

« Être réfugié, ce n’est pas le même deuil que pour un immigrant indépendant, confie Mme Alvarez. Le réfugié ne choisit pas de venir ici, il est obligé de quitter son pays parce que sa vie est en danger. Les migrants indépendants décident de quitter leur pays. C’est mon cas. On a le temps de s’informer sur le pays où on va, de faire déjà le deuil du nôtre et de dire au revoir à sa famille et ses amis...»

Les parents aussi
En moins de trois mois, les histoires étaient écrites. D’abord dans la langue maternelle des enfants, et en français. Des illustrations étaient dessinées et des photos trouvées.

La langue maternelle a permis aux participants de parler avec leur cœur, avant de traduire en français leurs sentiments, ce qui était aussi un bon exercice de francisation.

« Les parents se sont impliqués, parce que l’accompagnement parental est important pour la réussite des élèves. Il faut les impliquer, car c’est toute la famille qui vit le deuil migratoire.»

Les délais pour réaliser ce projet étaient courts en raison des échéances exigées par le ministère de l’Éducation. Mme Alvarez a ainsi pu compter sur la collaboration de la graphiste Annie Rousseau, de C5 Communications & Visuel, pour faire le montage des livres en un temps record. Elle a également reçu une aide précieuse de ses collègues Céline Gagnon et Chantal Bélanger.

La collection compte 12 histoires en autant de livres, mais elle est appelée à grossir. Déjà, les enfants vont mieux et la communauté et leurs camarades de classe peuvent mieux comprendre leur passé pour les aider dans leur futur.

Les enfants ont vu pour la première fois le produit fini vendredi, lors du lancement, et chacun a reçu une copie cartonnée.

La collection est disponible pour consultation à la bibliothèque Paul-O.-Trépanier de Granby jusqu’au 7 juillet. Ensuite, les livres seront utilisés comme outil de sensibilisation et ils seront proposés aux bibliothèques scolaires.

Une copie sera aussi archivée à la Bibliothèque et Archives nationales du Québec.