Les enfants de l’école St-Vincent ont été piqués de curiosité dans la classe de Julie Desautels.

Des insectes pour collation!

« Ça sent les chips! » Le nez dans un sac contenant un produit encore jamais goûté par sa classe, l’enseignante Julie Desautels tente d’éveiller la curiosité de ses élèves de première année. C’est que personne, incluant Madame Julie, n’a mangé de ténébrions meuniers à ce jour, plus précisément leurs larves, des vers de farine préparés pour l’alimentation.

Devant l’inconnu, il faut éviter de grimacer et plutôt montrer une ouverture pour donner l’exemple. C’est d’ailleurs Madame Julie qui goûte en premier. Elle prend une petite poignée de larves séchées dans sa main et en croque quelques-uns. Ces insectes, aliments de l’avenir, goûtent la noisette grillée. «C’est bon!»

Aussitôt, les airs dégoûtés des enfants changent. Ils ont envie d’essayer, eux aussi. Judicieusement, elle donne quelques vers aux volontaires. Devant les commentaires positifs de leurs camarades, les plus difficiles leur emboîtent le pas. Seul un garçon hésite avant de se laisser tenter par la version sucrée, soit des ténébrions plongés dans le beurre d’érable. Qui aurait pu résister ?

Mardi, un étudiant au programme de gestion et technologies d’entreprise agricole au Cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu, Bertrand Espougne, était de passage à l’école primaire Saint-Vincent de Saint-Césaire pour rencontrer les élèves. Comme l’école a choisi la thématique de l’insecte pour l’année scolaire, M. Espougne a été invité à parler des ténébrions.

Étudiant au programme de gestion et technologies d’entreprise agricole au Cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu, Bertrand Espougne, était de passage à l’école primaire Saint-Vincent de Saint-Césaire pour rencontrer les élèves et parler des ténébrions meuniers, qu'il cultive avec son collègue Jérémi Côté.

Les enfants emballés

« Il y a plein de goût chez les insectes. Il y a une fourmi qui goûte le citron », a-t-il lancé aux élèves, surpris. Il suffit d’en faire tremper dans de l’eau pour obtenir une limonade naturelle, a-t-il ajouté. Une autre fourmi, en Australie celle-là, produirait même du miel!

« C’était vraiment intéressant, a- t-il avoué. Les enfants sont emballés. C’est facile de les faire essayer. Des enfants, c’est toujours extrême dans leurs réactions. »

Les élèves avaient hâte de voir à quoi goûtaient les ténébrions dans le beurre d’érable.
Certains n'ont eu aucune difficulté à goûter!

Cette année, les libellules et les abeilles sont à l’honneur chez les premières et deuxièmes années. « Chaque année, on avait un thème de la rentrée... qui finissait par s’éteindre, explique l’enseignante Isabelle Pomerleau. On s’est donc donné pour mission de faire vivre le thème durant toute l’année. »

Selon les classes, certains enfants sont repartis à la maison avec des ténébrions ou des enseignantes ont cuisiné des biscuits composés d’insectes pour leurs élèves.

Pas facile pour tout le monde d'essayer...

Vers l’avenir

Bertrand Espougne et Jérémi Côté se sont lancés dans l’élevage de ténébrions à leur première session au Cégep. M. Espougne arrivait tout juste de France lorsqu’il a visité l’Insectarium de Montréal.

« J’y ai goûté à un taco aux vers à soie et c’était vraiment bon!»

Depuis, il a fait des recherches sur les insectes comestibles au Québec et l’impact de leur consommation sur l’environnement. Lui et son collègue ont lancé un élevage de ténébrions dans un local du Cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu, qui s’est ensuite transformé en projet de recherche. Leur Ferme a même remporté le concours national de OSEntreprendre, catégorie cégépiens. « C’est rendu que le Cégep veut en faire un projet de recherche, souligne M. Espougne. Le but serait de développer une expertise et des outils pour que des agriculteurs québécois puissent se mettre à la production d’insectes. Il y a des entreprises françaises qui se préparent à en vendre en Amérique du Nord pour l’élevage animal et de poissons. Ce serait dommage [de ne pas profiter de ce marché] alors qu’au final, on peut largement produire des insectes pour le Canada. »

Un kilogramme de ces insectes se vend actuellement 120 $. L’élevage de ténébrions meuniers requiert 2000 fois moins d’eau et dix fois moins de nourriture que pour le bœuf. Ces vers contiennent aussi 10 % plus de protéines que le bœuf.

« C’est pas mal l’avenir », conclut Bertrand Espougne, avant de filer vers un prochain groupe d’enfants curieux...