Des aiguilles serties d’émeraudes et de rubis

CHRONIQUE/ La nature fourmille de merveilles. Pour peu qu’on y prête attention, elle offre de véritables trésors, tant au plan de la curiosité scientifique que de la magnificence esthétique. Certains insectes et arachnides présentent un tel achèvement dans leurs couleurs et leur facture, que les plus talentueux des joailliers ou des orfèvres pourraient en tirer jalousie.

Tetragnatha viridis est une jolie araignée vert émeraude qui n’a été répertoriée qu’en 2013 au Québec. Elle a été identifiée à partir de clichés de photographes animaliers pris en 2010. Cette reconnaissance est surprenante, car les ajouts au répertoire requièrent normalement la capture de spécimens adultes, puisque l’identification ne peut être certifiée sans l’examen des pièces génitales. Or, les spécimens photographiés étaient tous juvéniles, n’ayant pas encore de pièces génitales formées. Mais une fois rattachée au genre, l’espèce présente une couleur tellement spécifique, émeraude ponctuée de rubis, que l’identification parut acceptable.

Cette espèce semble finalement bien moins rare qu’on ne l’avait cru, et elle est fréquente sur le territoire du CINLB, notamment dans les conifères avoisinant le kiosque d’accueil. Plusieurs juvéniles ont d’abord été observés dans l’étude menée à l’hiver 2017 sur le petit peuple de l’espace subnivéen, au ras du sol sous le couvert de neige (voir chroniques du 25/01/2017 et du 14/02/2018). Puis, le 22 juin 2017, un premier mâle mature est formellement identifié par l’arachnologue Pierre Paquin. D’autres spécimens sont trouvés sur le site à la mi-mai 2018.

Cette espèce appartient à la famille des tetragnathidés. Celle-ci se caractérise par un corps fin et mince, de longues pattes et des chélicères (correspondant aux mandibules des insectes) extrêmement allongées. Deux autres pièces buccales (endites) également développées donnent l’impression que les membres de cette famille sont dotées d’une quadruple mâchoire (tetra: quatre et gnathos: mâchoire).

Lorsqu’elles se sentent menacées, les espèces de cette famille enlignent leurs longues pattes devant et derrière leur corps mince. Cette posture leur confère l’apparence d’une tige ou d’une ramille, ce qui facilite leur dissimulation. Tetragnatha viridis fréquente essentiellement les conifères, surtout les pruches et les pins, où son long corps verdâtre se fond au milieu des aiguilles.