Normand Fleury, président du Club d’Observateurs d’Oiseaux de la Haute-Yamaska (COOHY), et Yves Lauzière, ornithologue de longue date et membre du club, sont toujours émerveillés devant ce que le grand monde des oiseaux a à offrir comme spectacle.

Cinquante ans d’émerveillement

Qu’ont en commun le cardinal rouge, la tourterelle triste et le dindon sauvage? Il y a 50 ans, aucune de ces trois espèces d’oiseaux n’existait en Haute-Yamaska. Alors qu’à l’époque l’hirondelle faisait le printemps, l’adage aurait, semble-t-il, perdu des plumes au fil des ans... Ces constats sont ceux des membres du Club d’Observateurs d’Oiseaux de la Haute-Yamaska (COOHY), qui dressent chaque année le portrait des hivernants ailés du territoire. Activité qu’ils remettront le jeudi 27 décembre, célébrant du coup un demi-siècle de passion et de dénombrement.

Yves Lauzière était adolescent quand son professeur de 8e année l’a initié à l’ornithologie. Des expéditions sur le terrain qui accueille aujourd’hui le Centre d’interprétation de la nature du lac Boivin (où se dressait un aéroport!) ou dans les boisés Miner, il en a fait plus d’une, des jumelles au cou. Ont suivi des camps chaque saison «sauf l’été», et c’est ainsi qu’est né le Club des Bibitologues rebaptisé, deux ans plus tard, le Club Natural de Granby. «Rémi Deslandes m’a donné le goût de la nature», illustre M. Lauzière, qui a participé au tout premier recensement d’oiseaux, avec ce prof et une «gang de gars», il y a 50 ans. Ils sont plusieurs à y participer encore aujourd’hui. «Il faisait moins 26 degrés, se souvient-il. On avait marché du haut de la ville jusqu’au Verbe Divin. On avait les pieds tellement gelés... Arrivés là-bas, nos sandwichs, dans nos sacs, étaient durs comme de la roche!» 

Le Christmas Bird Count, mieux connu sous le nom de Recensement des oiseaux de Noël (RON), se fait en collaboration avec la National Audubon Society. Celle-ci veille à protéger les oiseaux et leurs habitats partout à travers les Amériques. Chaque année, tous les résultats des RON organisés un peu partout sur le continent y sont expédiés. Juste en Haute-Yamaska, cela fait 50 ans que chaque hiver, lors d’une journée précise, des bénévoles arpentent un rayon de 24 km de diamètre autour du collège Mont-Sacré-Cœur pour dénombrer les oiseaux qui s’y trouvent et noter les espèces croisées sur leur chemin. L’an dernier, 43 espèces ont été comptabilisées et deux nouvelles observées: le faisan de colchide et la grèbe à bec bigarré. «Le but est de recenser le maximum d’oiseaux et chacun est compté, explique Normand Fleury, président du COOHY et ornithologue de longue date. On note, en fait, les fluctuations dans les populations d’oiseaux.»

Ainsi, le COOHY a remarqué que la moyenne des 33 dernières années était de 38 espèces répertoriées par le RON. Un record a été enregistré en 2012 et 2015 avec 51 espèces, alors qu’en 1986 et 2004, ce chiffre était à la baisse, avec seulement 31.

«On parle de science citoyenne», indique M. Fleury, qui participe à de nombreux RON en un seul hiver. Chaque année, le recensement des oiseaux doit se faire entre le 14 décembre et le 5 janvier, sur une journée complète. En Haute-Yamaska, la date est fixée au 27 décembre. La semaine prochaine, une trentaine de bénévoles y participeront. Seule une tempête de neige peut repousser l’activité au lendemain. «Nous gardons cette date pour qu’il y ait une continuité dans les données», fait remarquer M. Fleury, toujours émerveillé par les découvertes qu’une telle journée permet de faire. Comme de noter le retour des gros becs errants, absents depuis plusieurs années.

Normand Fleury rappelle que les gens qui possèdent des mangeoires à la maison peuvent participer au RON. Suffit simplement, dans les trois jours qui suivent le 27, d’expédier vos résultats au COOHY (roncoohy@hotmail.com)

De surprise en surprise

Le jour de la rencontre avec Le Plus, MM. Fleury et Lauzière n’ont d’ailleurs cessé de s’exclamer devant la présence d’une chouette rayée dans les boisés du CINLB.

«C’est incroyable! C’est fou!», lançait Yves Lauzière.

«Ce qui est agréable, c’est cet effet de surprise, explique Normand Fleury. Tu ne peux pas planifier ce que tu vas voir lors d’une sortie»

L’ornithologie est d’ailleurs une passion qui éveille tous les sens, renchérit M. Lauzière. «C’est beau et ça nous émerveille toujours.»

Imaginez alors ses yeux d’ado quand, le 4 avril 1970, alors qu’il était dans le bois à 3h du matin avec des amis pour observer les oiseaux, il a assisté au passage de la comète Bennett devant la constellation de Pégase. Comme quoi l’observation d’oiseaux permet d’avoir l’œil avisé... sur tout ce qui se passe au-dessus de nos têtes.