CHRONIQUE/ Le singulier harem du chevalier

Le chevalier grivelé est un petit échassier long d’une vingtaine de centimètres et qui est fort répandu sur les berges du lac Boivin.

Son dos est brun clair et sa poitrine, d’un blanc crème, est fortement mouchetée de brun en période de reproduction, d’où le qualificatif « grivelé ». Il a un long bec orangé et des pattes jaunâtres. Sa démarche se caractérise par un dandinement du postérieur qui lui a anciennement collé le nom de maubèche branle-queue.

Cette espèce appartient au 1 % des oiseaux qui présentent un comportement de polyandrie, un mode d’appariement où la femelle s’accouple avec plusieurs mâles. Son comportement sexuel et parental est complètement inversé par rapport à la monogamie biparentale rencontrée chez la majorité (80 %) des oiseaux.

De 20 à 25 % plus grosse que le mâle, la femelle arrive la première sur les lieux de nidification. Elle établit le territoire et fait une cour assidue aux mâles. La compétition avec les autres femelles est féroce et plusieurs combattantes en ressortent blessées.

Une fois le mâle conquis, la construction du nid est démarrée par le couple, entrecoupée de multiples accouplements. La femelle pond quatre œufs dont le mâle assurera seul la couvaison. Habituellement, entre le troisième et le quatrième œuf, la femelle part à la recherche d’un autre partenaire, avec lequel elle construira un nouveau nid. Elle se trouvera ainsi successivement quatre mâles, qui seront laissés chacun responsable de la couvaison et de la protection des poussins après l’éclosion. Elle terminera parfois la saison en séduisant un cinquième partenaire, avec lequel elle partagera alors la responsabilité de la progéniture.

Les mesures du taux d’hormones dans le plasma sanguin révèlent que le taux de testostérone chez le mâle diminue de 25 fois durant la période de couvaison, alors que le taux de prolactine, lui, augmente sensiblement à partir du début de la couvaison, dépassant nettement celui observé chez les femelles. Cette hormone est responsable de la lactation chez les mammifères et du développement de la plaque incubatrice chez les oiseaux. Cette zone dénudée et fortement vascularisée sur l’abdomen des oiseaux en période de nidification favorise la transmission de la chaleur pendant l’incubation.

Michel Aubé, vice-président du CINLB et professeur retraité de l’Université de Sherbrooke