Cape de deuil et masques de mort

CHRONIQUE/ La plupart des papillons ont une vie adulte très courte, de trois à six semaines en moyenne. Certains ne vivent même que de trois à dix jours, généralement parce que leur système digestif s’est atrophié au cours de la métamorphose finale. Il y a des exceptions, tel le monarque, dont les générations qui hibernent peuvent subsister jusqu’à neuf mois. Mais le champion est sans doute le morio. Celui-ci passe cinq jours en œuf, trois semaines en chenille, 12 jours en chrysalide et tout le reste de l’année dans sa majestueuse forme adulte.

C’est un grand papillon dont les ailes marron ont une envergure de 7 à 8 centimètres. D’apparence veloutée, ses ailes sont ponctuées de taches bleutées le long d’une bordure extérieure jaune pâle. Son nom anglais, Mourning cloak, signifie « cape de deuil ». Une légende scandinave y associait une jeune femme dont la robe claire, aux funérailles, dépassait légèrement sous son manteau sombre...

La larve du morio est la chenille épineuse de l’orme. D’un beau gris cendré, son corps présente une dizaine de segments entre la tête et l’extrémité postérieure, dont chacun est piqué de quatre épines noirâtres. Les huit segments du centre arborent une tache rouge vif, ayant la forme d’une tête de mort surmontée de petites cornes, tel un masque de diable. Cette chenille fréquente les ormes, mais aussi les saules, les bouleaux, les trembles et les aulnes, dont l’abondance au CINLB lui offre un habitat de choix.

Appartenant à la famille des nymphalidés, le morio hiberne dans sa tenue adulte, dans des trous de pics ou sous des fragments d’écorce au sol. Il sort de son sommeil très tôt au printemps, à la fin mars ou au début avril, dès la fonte des neiges, devenant ainsi le premier papillon à prendre son envol et à pouvoir se reproduire sous nos latitudes. Sa livrée brunâtre lui permet d’emmagasiner la chaleur du soleil. C’est sans doute aussi pour cela qu’il devra entrer quelques semaines en période de repos (estivation) par les grandes chaleurs du milieu de l’été, avant de refaire ses provisions de nutriments à l’automne afin de supporter l’hibernation.

Michel Aubé, vice-président du CINLB et professeur retraité de l’Université de Sherbrooke