Belles et douces céréales

CHRONIQUE / À tout bout de champ, au moins d’août, on peut voir de beaux champs de céréales se faire récolter. Dorées, elles se balançent au vent. Elles donnent quasiment le goût de se coucher dessus tellement elles semblent douces. Elles sont bien belles, mais à quoi servent-elles au juste ?

Une céréale, que ce soit de l’orge, du blé ou de l’avoine, est premièrement un grain d’alimentation. Que ce soit pour les humains ou les animaux, le grain est récolté pour la consommation. Comme n’importe quelle culture, elle a besoin d’un peu d’amour pour bien pousser. De la fertilité, une terre bien drainée, et un bon rapport soleil/pluie aideront à obtenir un bon rendement. Mais pourquoi en voit-on peu dans les champs ?

La céréale n’est pas la culture la plus facile à faire. Elle est sensible aux surplus d’eau, donc aux dénivelés au champ. De plus, elle peut être sensible aux maladies fongiques (tant au niveau des feuilles qu’au niveau des grains) ce qui peut facilement réduire le rendement. La vente du grain pour les animaux n’est pas ce qui est le plus payant non plus. L’Ouest canadien a une production astronomique de céréales comparée au Québec. Ce territoire joue donc beaucoup sur le prix de vente. Au niveau du grain vendu pour l’alimentation humaine, c’est plus payant, mais plus strict aussi. Difficile de se qualifier pour l’alimentation humaine. Le pâtissier a besoin de blé mou et le boulanger voudra du blé dur «panifiable«, c’est- à-dire bon pour le pain.

Le brasseur de bière, lui, voudra une orge brassicole, alors que le semoulier ou le pastier voudra un blé mou, dur (durum) pour ces pâtes. Enfin, le distillateur cherchera du seigle. Tous voudront des indices de chute, des taux de protéines, des niveaux de toxines ou des saveurs très particuliers. D’autres marchés, eux, souhaitent des céréales biologiques ou cultivées avec le moins d’intrants chimiques comme, par exemple, la marque de commerce Agriculture Raisonnée développée par les Moulins de Soulanges. Si c’est si compliqué, pourquoi en produire ?

Le fait d’intégrer une céréale à une rotation sur la ferme a plusieurs avantages.

Premièrement, le fait de rajouter une année de céréale sur une rotation maïs/soya peut augmenter le rendement de ces deux cultures. Pourquoi ? L’ajout d’une nouvelle famille améliore la biodiversité de la rotation, permettant de varier l’effet des racines, la santé du sol, et même les produits sanitaires.

Deuxièmement, la récolte de la céréale pour un producteur d’animaux permet un «deux pour un». La récolte du grain peut être utilisée dans l’alimentation des animaux, réduisant ainsi les coûts en moulée, mais aussi la récolte de la paille peut être utilisée comme litière. Pas besoin d’en acheter !

Un autre gros avantage de la céréale, c’est qu’elle est récoltée au mois d’août. En août, les conditions de récolte sont idéales, car le sol est sec. Les producteurs peuvent en profiter pour faire divers travaux de remise en état de leur champ et prendre le temps de bien les faire. À l’automne, souvent, le terrain peut être plus mou et le temps presse avant les gelées. Au mois d’août, pas de stress ! Travaux de drainage, de nivellement et épandage de fumier sont alors au programme. On peut optimiser le tout en appliquant un engrais vert (culture vouée à être enfouie ou utilisée comme culture de couverture) après tout cela, et hop!, on est partis pour l’année suivante!

Il existe aussi des types de céréales qui survivent à l’hiver, qui peuvent donc être semées l’automne et poursuivre leur croissance au printemps. On pense, notamment, au blé d’automne ou au seigle. Déjà semées, ces céréales qui aiment le froid repartent leur croissance au printemps plus vite que nous pourrions aller au champ.

Si l’hiver ne leur a pas mis trop d’eau et de glace sur la tête, elles peuvent ainsi fournir plus de rendement que la céréale de printemps. Au niveau environnemental, le principal avantage c’est qu’elles recouvrent le sol et le protègent contre l’érosion. Une céréale qui se prend pour une prairie ou un engrais vert, on aime ça !

Cette chronique est rendue possible grâce au soutien financier de l’UPA, celui du Réseau Agriconseils Montérégie et d’une aide financière du programme Prime-vert du MAPAQ.