Ambre et opaline dans le piège du hamac

CHRONIQUE/ À l’hiver 2017, le CINLB a participé à une recherche sur le petit peuple subnivéen. On parle ici de la faune invertébrée qui habite un espace de quelques centimètres à l’abri du gel, réchauffé par la décomposition des végétaux et isolé par le couvert de neige.

Au travers des insectes, des cloportes, des limaces et des acariens, une diversité d’araignées y passe l’hiver, se préparant pour le printemps.

Parmi celles-ci, nous avons récolté une centaine de juvéniles d’une petite espèce mesurant entre 5 et 7 millimètres. Son abdomen de couleur ivoire est traversé d’un motif brun rougeâtre en forme de feuille de chêne facilement reconnaissable. Le céphalothorax présente une allure vitreuse, de couleur opalescente ou ambrée, et il est frappé en son milieu d’un motif en forme de diapason. C’est pityohyphantes costatus, d’un nom grec signifiant «tisserand de treillis». Cette araignée de la famille des linyphiidae fréquente les boisés de conifères, en particulier la prucheraie du CINLB.

Les anglophones la désignent sous l’appellation de hammock spider, l’araignée au hamac. Ce nom provient de la forme de sa toile tissée à l’horizontale entre les branches en un treillis robuste et serré. Celle-ci diffère des pièges orbiculaires qu’on associe généralement aux araignées. Ces toiles rondes, montées à la verticale et dont les rayons sont renforcés de spirales concentriques, sont plutôt rencontrées dans une autre famille, celle des araneidae (à laquelle appartenaient araneus diadematus et argiope trifasciata, traitées dans des chroniques précédentes).

Pityohyphantes costatus se déplace à l’envers sous son hamac, dos vers le sol. L’araignée s’embusque dans un coin, près des ramilles auxquelles le piège est attaché. Au moindre soubresaut de la toile signalant la présence d’une proie, elle se précipite vers celle-ci, la mord, l’immobilise, puis la ramène à elle. Contrairement aux espèces d’autres familles, cette araignée ne consomme pas sa toile pour la refaire chaque nuit, car son tissage robuste requiert beaucoup de soie. Toutefois, il arrive souvent que le mâle la défasse et la mange après l’accouplement, pour y éliminer, pense- t-on, les phéromones de la femelle susceptibles d’attirer d’autres mâles.

Michel Aubé, vice-président du CINLB et professeur retraité de l'Université de Sherbrooke