Un passage... jusqu’à l’amitié

CHRONIQUE / « Enfin la neige ! » s’écrient les amateurs de motoneige. « Attendez un peu ! », leur répondent toutefois les bénévoles des clubs de motoneiges qui s’occupent d’entretenir les sentiers. C’est qu’en même temps que la neige, récemment, est aussi tombé du verglas, encombrant les sentiers de branches et d’arbres.

Les sentiers du Québec sont administrés par des clubs, des OBNL ou leurs membres, des motoneigistes qui paient un accès. Les bénévoles du club, eux, s’activent à l’année pour négocier les droits de passage sur les terres privées de notre magnifique campagne. La majorité des ententes de passage (70-80 %) sont renouvelées annuellement. La balance signe pour des termes de quatre à cinq ans.

L’hiver venu, ces bénévoles balisent les sentiers, les dament et y enlèvent ce qui pourrait nuire à la sécurité des utilisateurs. Le bénévolat ayant moins la cote, selon le Club des motoneigistes du Corridor permanent, seulement 3 % des membres étaient à l’œuvre dans les sentiers après le verglas récemment...

Lorsque tout va bien, les sentiers restent les mêmes d’une année à l’autre. Les choses se corsent quand les usagers ne restent pas dans les sentiers et s’aventurent sur les vastes étendues blanches.

S’imaginent-ils qu’il s’agit d’un grand lac public et qu’ils sont en motomarine ?

Vous avez déjà lu que sous la neige hors des sentiers poussent, malgré l’hiver, des prairies, des céréales d’automne ou des plantations de petits fruits, et que ces cultures peuvent périr sous le poids des bolides ? Dans ces cas, les propriétaires peuvent refuser de donner accès à nouveau aux motoneigistes sur leur terre. Des maux de tête apparaissent alors chez les valeureux bénévoles.

Le financement des clubs se fait via la vente de cartes de membre et certaines redevances du ministère du Transport (MTQ) par les revenus d’immatriculation des motoneiges. Ces revenus servent à défrayer le damage des pistes, leur entretien et certaines infrastructures pour les traverses de fossés.

Consulté récemment, un bénévole tenait par contre à me partager de belles histoires. Rencontrés annuellement, les agriculteurs et les bénévoles développent de belles amitiés. Certaines durent depuis 30 ans ! Les droits de passage se lèguent d’une génération à l’autre. D’un voisin à l’autre. La campagne c’est aussi une grosse famille. Y développer des liens d’amitié garde motivé à faire du bénévolat. Tout le monde y trouve donc son compte. C’est donnant donnant. Par exemple, si l’agriculteur a besoin d’un ponceau pour les travaux d’été, de changer le sentier de place, le club peut collaborer et prendre en charge les travaux.

Même si, semble-t-il, que peu d’agriculteurs refusent l’accès à leur terre malgré certaines dérapes hors sentier, leur résilience ne vaut pas la peine d’être testée. Ce ne sont pas tous des bouleaux sous le verglas : restez dans les sentiers !

Isabelle Martineau, agronome

Conseil Gestrie-sol

Cette chronique est rendue possible grâce au soutien financier de l’UPA, celle du Réseau Agriconseils Montérégie et d’une aide financière du programme Prime-vert du MAPAQ.