Un début de saison sans calendrier

CHRONIQUE / Ceux qui aiment planifier leurs activités selon un calendrier bien précis seraient malheureux dans le métier d’agriculteurs. On a beau passer l’hiver à planifier les dates de semis, les cultures par champ, le type de fertilisants à utiliser (organique ou minéral), le brûlage de précédents culturaux, etc., c’est toujours Dame Nature qui a le dernier mot.

Le froid retarde les semis. À l’exception des céréales (orge, blé, avoine), le maïs, le soya et la plupart des cultures maraîchères apprécient un sol dont la température demeure à 10 degrés Celsius. Mais la constante ne semble pas être la norme ce printemps, car nos tuques et nos gants tardent à prendre le chemin de la garde-robe en cèdre...

Les pluies abondantes et récurrentes des dernières semaines empêchent les machineries d’aller au champ. Un sol gorgé d’eau et écrasépar le poids des citernes à lisier, par exemple, perdra tout son air et se retrouvera compacté. Sans air, il n’y a pas de vie pour la minéralisation des éléments nutritifs.

De plus, un semoir ou un disque de machinerie de travail de la terre qui ouvre un sol mouillé agira comme un couteau dans du beurre et formera une belle trace. Un tel lissage reste permanent une bonne partie de la saison, créant un mur pour les racines en développement. L’hiver dernier ayant été rigoureux et bipolaire (tantôt pluie, tantôt gèle), cela a eu un effet désastreux sur la survie des prairies et des céréales d’automne. Normalement, les champs repoussent verts au printemps.

Certaines fermes constatent malheureusement avoir de 40 à 70% de leur champ jaunis, c’est-à-dire dont les luzernes n’ont pas survécu. Cela entraîne alors une replanification des cultures. Les prairies sont coûteuses à semer, mais elles peuvent se rentabiliser en durant plusieurs années. Ce qui ne sera pas le cas cette année, malheureusement. La rareté créera inévitablement une hausse des prix.

Bref, 2019 ne sera pas une année qui a démarré sous le thème de la facilité. Elle n’aura surtout pas suivi un calendrier idéal. Les agriculteurs n’échappent pas au découragement, à la détresse, voire à la dépression. Leur isolement nécessite des moyens d’aide hors du commun. L’organisme Au cœur des familles agricoles (http://www.acfareseaux.qc.ca/, 450 768-6995) a pour mission de créer un réseau d’entraide autour de ces familles.

Les services sont offerts partout au Québec 24/24, 7 jours par semaine. Des travailleuses de rang vont à la rencontre d’agriculteurs en détresse, déjà dans cinq régions du Québec. En ce mois de la sensibilisation à la santé mentale, ce service propre à la réalité agricole est un incontournable. Celui-ci nécessite toutefois plus de financement compte tenu de sa grande, mais malheureuse, popularité.

Sur une note plus positive, ce qui a réellement eu lieu en 2019, et suivant le calendrier, c’est la fête des Mères! Tous les agriculteurs ont pu la célébrer, car pour une rare fois, ils ne se trouvaient pas tous dans le champ sur leur tracteur!

Club conseil Gestrie-sol

Cette chronique et rendue possible grâce au soutien financier de l’UPA de la Haute-Yamaska et celui du Réseau Agriconseils Montérégie.