Le maïs ananas.

Sacrée météo !

CHRONIQUE / Alors qu’une mobilisation monstre sur les changements climatiques a récemment fait beaucoup jaser, j’aimerais vous parler de météo. Climat ou météo? Oui, il y a une différence, mais un influence l’autre.

Nous parlons de météo lorsque nous décrivons un épisode de pluie, de neige, de pression atmosphérique, de perturbation qui dure une heure, une journée ou une semaine. Les épisodes météorologiques sont généralement locaux. Le climat, lui, concerne des perturbations qui peuvent s’étendre sur une génération.

Les changements climatiques couvrent, de leur côté, de grandes superficies. Quand un agriculteur se plaint à tout bout de champ, c’est donc à cause de la météo!

A-t-il raison de le faire?

Passons en revue la dernière saison agricole. La première chute de neige statique est arrivée, et à surtout persisté, dès novembre, presque un mois plus tôt qu’à l’habitude.

Certains travaux au champ et même des récoltes n’ont alors pas pu être terminés. En grandes cultures, c’est surtout le maïs qui se récolte à la dernière minute, afin qu’il sèche au champ naturellement et pour épargner argent et GES en séchage.

Pour les travaux, ce sont les épandages à la suite de la récolte du maïs qui n’ont pas pu être faits. Ces épandages d’automne sont prévus à condition qu’un agronome dicte les conditions qui minimiseraient leur perte à l’environnement (dose, richesse du sol, type de résidus de culture, enfouissement, etc.). Pas d’épandage signifie du fumier qui reste dans les fosses jusqu’au printemps, en espérant que ces dernières aient une grande capacité d’entreposage.

Parlant du printemps… quel printemps?

Il a fallu attendre à la fin mai, mi-juin avant d’avoir réellement des chaleurs et du temps sec pour pouvoir penser aller au champ.

Lorsque la machinerie s’y aventure, elle écrase le sol créant de la compaction. Un sol compacté ne donnera rien de bon à la culture. Sans air ni trous, les racines ne peuvent se développer. Les éléments fertilisants du sol ne peuvent se minéraliser. Le sol cesse en fait de travailler pour nous. Prudents, la plupart des agriculteurs ont donc retardé leurs semis de trois semaines. D’autres ont forcé la note, parce que leurs plus grandes superficies les obligeaient à commencer s’ils voulaient finir un jour!

Les racines peuvent être paresseuses. Si elles n’ont pas à aller bien loin pour trouver ce qu’elles cherchent, elles ne se développeront pas amplement. Par contre, elles peuvent être très ambitieuses et croître dans le profil du sol aussi profond que deux mètres.

Les conditions de pluie du début de saison leur a permis d’avoir l’eau nécessaire sans aller chercher bien creux. Or, vous vous souvenez du reste de l’été? Chaud, humide et avec des épisodes de sécheresse donnant lieu à des records de chaleur et peu de précipitations. Les cultures aussi ont eu chaud. Quand on voit le maïs qui se prend pour un ananas (les feuilles s’enroulent pour éviter de trop transpirer et garder leur eau; notre photo), c’est qu’il manque d’eau! Les racines, qui s’étaient permis de rester en surface pour s’abreuver, étaient alors prises dans la section du sol sèche. Cela n’est pas une bonne nouvelle quand on sait que le système racinaire est utile pour alimenter la plante en éléments fertilisants tout l’été.

Chaleur et humidité sont également des phénomènes idéaux pour le développement de maladies ou de champignons. Les producteurs de céréales, dont le blé, ont donc dû surveiller de près la redoutable fusariose. Possiblement que leur plan de lutte intégrée pour éviter le plus possible l’utilisation de fongicides a dû être abandonné pour sauver certaines récoltes.

Finalement, parlant de récoltes, il semble qu’après un mois de septembre clément, le début d’octobre s’avère frisquet. Déjà, des gels au sol sont enregistrés dans plusieurs régions. La pluie s’est installée, mais le maïs n’a pas terminé sa maturité dans plusieurs champs. Des champs nus devaient être semés en céréales d’automne ou en engrais verts. Si ce n’est pas déjà fait, il se peut que cela ne fonctionne pas. La date limite pour assurer une croissance et couvrir le sol d’un bon couvert végétal arrive. Et quand se pointera la neige?

Ouf! Avec tout ça, les agriculteurs peuvent-ils avoir le droit de chialer un peu sur la météo? Les changements climatiques perturberont assurément nos pratiques et calendriers culturaux en affectant la météo. Il faut être fait fort, s’adapter ou... faire des changements!

Cette chronique est rendue possible grâce au soutien financier de l’UPA, celui du Réseau Agriconseils Montérégie et d’une aide financière du programme Prime-vert du MAPAQ.