Réduction de pesticides: prêts avant le règlement

CHRONIQUE/ À tout bout de champ, lorsqu’est annoncé un règlement, nous sommes portés à croire qu’ENFIN, il y aura un changement dans les pratiques agricoles. À tort. Plusieurs entreprises agricoles sont actrices de changement, plaçant l’agronomie en tête de leur réflexion.

Le 19 février dernier, les détails de la plus récente réglementation du ministère de l’Environnement (MDDELCC) en termes de pesticides ont été annoncés. À coup de nécessité de recommandations/prescriptions pour l’utilisation de certains pesticides, de tenue obligatoire de registre d’application (herbicides, fongicides, insecticides et traitement de semences), elle vise la réduction des pesticides à haut indice de risque pour l’environnement (IRE) et la santé (IRS). Les agronomes et leurs clients peuvent donc conserver ces produits dans leur coffre à outils (certains pays ou états préfèrent les interdire) et les utiliser si leur nécessité est connue. On justifie l’utilisation d’un pesticide s’il y a menace de nuire aux rendements par un ennemi des cultures.

Plusieurs des pesticides visés par la réglementation sont des traitements de semences (maïs et soya) de la famille des néonicotinoïdes. Le maïs nous arrive directement des États-Unis dans les sacs de semences. Il semblerait que lorsque les USA font le menu, ils ne prévoient pas un menu « spécial » pour le Québec !

Shepherd Pie for everyboday !

C’est donc encore, sur commande spéciale, que nous devons prévoir nos semences sans pesticide.

Depuis plusieurs années à travers la province, une armée de conseillers et d’agriculteurs a investi temps et compétences dans l’analyse du risque lié à certains ennemis des cultures. Ils ont fait du dépistage et des essais rigoureux dans leur propre champ. Ils ont développé des outils d’analyse et d’interprétation de leurs résultats et ils ont réalisé que l’ennemi (vers fil de fer) à combattre n’était que rarement présent (4 %, cerom.qc.ca/vffqc) dans les sols québécois et qu’il ne serait pas si risqué de se passer de tout traitement de semences insecticides.

Localement, les agriculteurs du bassin versant ruisseau Brandy à Granby, sensibilisés à la cause, ont d’ailleurs réduit leur utilisation bien avant la venue de la réglementation. Grâce à un projet en cours depuis 2016, il a été documenté que 75 % des 1357 hectares exploités par des entreprises agricoles sensibilisées, n’ont pas de traitement de semences, dont 42 % des superficies sont en maïs et soya. Ces superficies sont en augmentation depuis deux ans (projet MAPAQ). Et personne ne semble y avoir laissé sa chemise !

La série de chroniques en agroenvironnement est rendue possible, notamment, en vertu du sous-volet 4 du programme Prime-vert 2013-2018 du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ).

Isabelle Martineau, agronome Club conseil Gestrie-sol