Rapport d’impôt... et de phosphore

CHRONIQUE/ Avril est le mois où vous devez apporter votre boîte de chaussures de reçus et votre T-4 à votre comptable. Ce dernier cumule, à cette période de l’année, des heures supplémentaires pour vous produire votre rapport d’impôt annuel. Ce rapport, obligatoire, devra ensuite être transmis au gouvernement pour la fin du mois.

Les entreprises agricoles qui produisent ou épandent des matières fertilisantes doivent également s’en remettre au gouvernement à cette période-ci de l’année. Annuellement, le 15 mai, ils doivent fournir leur rapport... de phosphore!

En fait, ils doivent transmettre au ministère de l’Environnement (dans le cadre du Règlement sur les exploitations agricoles, REA, MDDELCC) leur bilan phosphore. D’ici là, leur conseiller «force fort» pour compiler toute l’information nécessaire. Tout doit être compilé avant d’entrer au champ, ce qui arrivera très bientôt!

Chaque champ doit avoir la capacité de recevoir du phosphore et celle-ci doit être calculée. Cette «capacité» se calcule selon ce qui sera cultivé, ses besoins, son rendement, son type de sol et sa richesse en phosphore.

Chaque élevage doit également avoir sa quantité réelle de déjection animale produite calculée. L’intention est de planifier de ne pas fertiliser un sol au-delà de sa saturation en phosphore, de son équilibre. Sinon, le phosphore appliqué pourrait prendre le chemin du cours d’eau. Comme personne ne souhaite jeter son argent à l’eau, mieux vaut se soumettre à ces recommandations.

Qu’advient-il si une entreprise agricole à trop de matière fertilisante? Si ce sont des engrais minéraux de phosphore?

Elle cesse d’en acheter!

Si c’est du fumier? Elle signe une entente d’épandage avec une autre ferme dont les champs ont la capacité de le recevoir.

Et si son voisin a aussi trop de fumier? Elle regarde plus loin dans le rang ou elle change de rang! Je vous laisse imaginer que ce sont des coûts supplémentaires pour ces entreprises agricoles.

Pourquoi particulièrement le phosphore? Le phosphore est en partie responsable de l’eutrophisation des cours d’eau. Il est donc un des indicateurs de qualité de cours d’eau et à la base du REA.

À tout bout de champ, lorsque l’on imagine qu’un agronome est en congé l’hiver et qu’il passe les premières journées du printemps à affiler sa pelle et à cirer ses bottines pour aller au champ, détrompez-vous. Il est en train de calculer!

Isabelle Martineau, agronome.

Club conseil Gestrie-sol