Prairie éternelle?

CHRONIQUE/ Qui n’a jamais rêvé d’être éternel ? À tout bout de champ, quand nous voyons un beau champ bien diversifié, nous espérons qu’il demeure ainsi pour la vie. Je parle ici de belles prairies remplies de légumineuses (luzerne, trèfle, lotier) et de graminées (mil, brome, seigle). Devant ce spectacle, tout le monde est heureux.

Le biologiste sera ravi, car la faune s’y accommode. L’environnementaliste sera comblé, car le sol est protégé d’un couvert végétal permanent réduisant à son maximum l’érosion. L’agronome sera contenté, car ce genre de prairie réduit considérablement les besoins en engrais et en pesticides. Les voisins seront séduits par l’odeur du foin coupé plusieurs fois par été et les motoneigistes profiteront de passage... si ce privilège leur est accordé par le propriétaire de l’endroit !

Finalement, l’agriculteur, ou plutôt son troupeau de vaches laitières, aura sous le nez un mélange bien équilibré directement sorti du champ. Équilibré veut dire, des légumineuses pour la protéine et des graminées pour la fibre. Le recours aux suppléments est ainsi minimisé. Tout cela en grand volume, car une vache mange la même chose à l’année, été comme hiver.

Tient, cela vous dit quelque chose « la production constante annuelle » ? La gestion de l’offre est basée sur le même principe, avoir un produit à l’année, de même qualité.

Mais voilà que les saisons et les pratiques font leur œuvre et détruisent ce conte de fée de prairie éternelle. Ainsi, des hivers rigoureux et sans couvert de neige, comme nous connaissons en Montérégie, nuisent à la survie des légumineuses. Tranquillement, elles disparaissent et laissent alors un trou… vite comblé par la mauvaise herbe. Les vaches sont difficiles et n’apprécient pas tellement les pissenlits, l’asclépiade, le laiteron ou le chardon...

La fertilisation organique (lisier de porc ou de vache) apporte à la perfection la potasse nécessaire à la survie hivernale des légumineuses, mais cela vient avec l’azote qui favorise et comble plutôt les besoins des graminées. La compétition est lancée, favorisant toutefois la graminée. Bye bye luzerne !

Finalement, la compaction, les passages répétés de motoneigesw et autres pratiques au champ laissent des traces que l’on ne souhaite pas dans un champ de foin et qui, éventuellement, empêchent une bonne repousse de la luzerne.

La solution ? Semer à nouveau, c’est-à-dire remettre une fois de plus une petite semence (à peine 1 ou 2 mm de grosseur), très dispendieuse (environ 10 $/kg) en terre. Cette pratique, dont on se passerait, demande temps et investissement : brûlage au glyphosate de la prairie, labour, hersage et resemis.

Cette pratique peut se faire sur deux saisons (brûlage d’automne et semis au printemps) en laissant le sol fixé au champ pour l’hiver. Selon le type de sol et de la machinerie utilisée, elle peut aussi être faite en partie à l’automne (brûlage et travail de sol) ou en totalité au printemps. Certains ressèmeront une autre culture (idéalement le maïs ou le blé) qui profitera de l’apport d’engrais de cette prairie même si elle est vieillissante. Si cet automne vous voyez un beau champ jaune, dites-vous que vous avez sous les yeux la naissance d’une rotation de cultures !

Cette chronique est rendue possible grâce au soutien financier de l’UPA.