Charlie et son maïs sucré à vendre en vente libre.

Maïs ou blé d’Inde ?

CHRONIQUE / À tout bout de champ, quand arrive la saison des épluchettes de blé d’Inde, des anecdotes nous viennent en tête. Celle de cette dame qui arrive au kiosque de fruits et légumes et qui espère y trouver le blé d’Inde local tel qu’inscrit sur une pancarte prise en photo sur le bord de la route : Pionner P9608am.

Ou encore ces étudiants sans le sous, qui ont fait une récolte illégale de maïs… et qui n’ont pas fait fureur à leur épluchette avec leur blé d’Inde pâteux !

C’est qu’il existe au moins trois types de maïs au Québec. Le maïs sucré : frais en épis, en légumes de conserverie ou en maïs à éclater. Le maïs grain : récolté mature et sec et destiné aux animaux, et le maïs à ensilage, récolté en entier, avec les feuilles et les épis, frais et humide, pour être fermenté pour les ruminants.

Le maïs étant une des céréales les plus consommées au monde, force est d’admettre que nous avons une façon bien différente des autres nationalités, particulièrement des Sud-Américains, de le consommer. Alors que nous le mangeons frais seulement un mois par année, eux, grillent le « blé d’Inde à vache » ou encore le mangent en produits cuisinés à base de farine.

Le maïs sucré est le légume frais cultivé sur la plus grande superficie au Québec. Parmi les 472 producteurs, seules quelques grandes fermes alimentent les chaînes d’alimentation. La majorité des entreprises agricoles écoulent leur produit dans le commerce local. Cette culture est encore principalement cueillie à la main. Les épis frais sont disponibles du début du mois de juillet jusqu’à la fin octobre. Et de plus en plus de kiosques libre-service poussent ici et là.

Laissés à eux-mêmes sous un abri à côté d’une petite caisse « de p’tit change », les maïs trouvent ainsi preneurs sans que le fermier n’assure une présence constante. Cela permet de contrer le manque de main-d’œuvre et fait appel à la confiance des gens. Récemment, la ferme Le Ruisselet, du rang René à Granby, faisait d’ailleurs les manchettes !

Pancarte publicitaire d’hybride de maïs grain pour l’alimentation animale.

Mais c’est quoi le «blé d’Inde à vache» ?

Le maïs grain est cultivé sur 380 000 hectares et est destiné à l’alimentation des animaux. Mais le «VRAI blé d’Inde» à vache est ensilé. On le récolte quand il est encore vert et dont l’épi est encore frais, non séché. Il est cultivé sur 68 000 ha au Québec, alors que le maïs sucré, lui, n’est cultivé que sur un total de 4770 ha. Il se pourrait donc que vous ne croisiez jamais un champ de maïs sucré le long d’une route de campagne...

Et les OGM eux ? Les OGM ne sont pas invités dans nos épluchettes… grâce aux consommateurs ! Depuis 2012, à la suite d’essais réalisés en Montérégie, la compagnie Monsanto offre des variétés de maïs OGM aux agriculteurs. Il s’agit de semences ayant pour caractéristiques de rendre le maïs résistant à divers ravageurs. Par contre, l’agriculteur aimant être au fait du besoin du client, les champs du Québec n’utilisent pas cette technologie, tant pour le maïs sucré que celui de conserverie.

En effet, le maïs sucré de conserverie produit au Québec est principalement cultivé pour les compagnies de transformation. Par exemple, Bonduelle n’utilise aucune technologie OGM, assure la Fédération québécoise des producteurs de fruits et légumes de transformation.

Concernant le maïs à « rouler dans le beurre », l’Association des producteurs maraîchers du Québec nous dit qu’aucun des hectares de maïs sucré n’utilise de semences OGM. Afin de réduire la quantité d’insecticides que peut nécessiter une régie de culture conventionnelle, les entreprises se tournent plutôt vers l’utilisation des trichogrammes pour lutter contre la pyrale, et ce, dès que l’épi est formé. Cela permet d’éviter de mettre des insecticides à ce stade de développement.

Du maïs bio ou cultivé sans intrant chimique est donc de plus en plus disponible. Le choix d’un hybride de maïs n’est pas laissé au hasard par l’agriculteur. Expérience, échange, observations et science servent à le diriger vers le bon choix pour sa région, son champ et son besoin en terme de culture et de pratiques culturales. Une fois son choix arrêté et avec une belle saison de culture, poussent aux abords des routes des pancartes publicitaires de semenciers. Ainsi les compagnies Dekalb, Maïzex, Pickseed, Pionner, Pride et leur numéro d’hybride posent fièrement devant le maïs haut de 6 à 10 pieds !

Cette chronique est rendue possible grâce au soutien financier de l’UPA, celle du Réseau Agriconseils Montérégie et d’une aide financière du programme Prime-vert du MAPAQ.