Les enfants des Fermes Parent-Beauregard.

L’industrie porcine a changé

CHRONIQUE / À tout bout de champ, quand on parle de l’industrie porcine, toutes sortes de choses nous viennent en tête. Des images de petits cochons roses et de porcs au pâturage. Le prix du porc qui fluctue constamment. La Chine qui interdit l’achat de porcs canadiens (d’où une perte d’environ 20 $ par tête). Des végans qui démonisent la production, etc.

Cette industrie, qui génère 2,55 milliards $ en retombées économiques et qui permet 26 500 emplois, fait jaser.

Dans les années 1970, deux grandes productions animales s’offraient aux agriculteurs : le porc ou la vache laitière. S’ils avaient accès à des terres agricoles pour y faire pousser du foin, ils optaient pour l’industrie laitière. Sans terre, c’était la production porcine.

La Haute-Yamaska, un territoire de bois, de pentes, de terres, de roches et d’élevages, est récemment devenu le territoire du projet collectif du bassin versant du lac Boivin. Des fermes de troisième génération y produisent encore du porc, et ce, malgré diverses difficultés.

La première donne le ton. Le prix étant dicté par les marchés, les producteurs vendent leur porc le même prix le kilo qu’il y a 25 ans. Pour équivaloir le porc américain de 100 kg de carcasse, les abattoirs demandent des porcs environ 10 % plus gros (c’est-à-dire un porc vivant de 275 lb au lieu de 220 lb auparavant). Mais pour ce faire, les producteurs ont dû adapter l’espace et l’alimentation pour garder leurs porcs plus longtemps.

Aussi, il y a 25 ans, les éleveurs naisseurs avaient des truies qui mettaient bas 18 petits par année, alors que maintenant, la génétique et l’alimentation permettent des mises bas de 27 rejetons par truie.

Il y a 25 ans, le salaire versé aux employés était de 6 $/heure. Aujourd’hui, il est d’au moins 18 $/heure, accompagné de bonnes conditions de travail nécessaires pour maintenir la précieuse main-d’œuvre en place. En Haute-Yamaska, au début des années 2000, une terre cultivable valait entre 1000 $ et 2000 $ l’acre, alors qu’aujourd’hui la même vaut ente 4000 $ et 7000 $.

Dans les plus grandes plaines agricoles de la Montérégie, la valeur est maintenant à plus de 20 000 $ l’acre. La valeur des récoltes a, heureusement, augmenté. Le maïs se vend maintenant 225 $ à 280 $ la tonne, alors qu’à l’époque il se transigeait à 100 $ la tonne. Mais il ne faut pas oublier ce que mange un cochon. C’est donc à une augmentation du prix de la moulée à laquelle l’éleveur fait face.

Les porcheries, de leur côté, ne sont plus les mêmes. Elles ont été modernisées pour améliorer le bien-être des animaux. Du coup, les entreprises agricoles ont aussi voulu améliorer leurs conditions de travail. Auparavant maintenues par une seule famille, les fermes de troisième génération en soutiennent plusieurs de la relève et comptent sur l’aide d’employés. Des vacances peuvent donc être enfin envisagées.

Par contre, une nouvelle charge a été créée : la charge administrative, avec les rapports d’impôt, les bilans de phosphore et toute la paperasse d’une PME. Plusieurs éleveurs étant aussi des cultivateurs, leur façon de cultiver le maïs, le soya et les céréales a aussi changé. Parce que leur fumier est sous forme liquide, ils amendent leur sol et augmentent leur matière organique en labourant moins leur terre et en semant directement. Certains ont augmenté leur capacité d’entreposage (300 jours) afin d’éviter d’avoir à épandre du lisier alors que le sol humide du printemps ou de l’automne peut se compacter sous la citerne. D’autres ont ceinturé leur champ de bandes riveraines pour garder le champ... dans le champ.

Enfin, la tendance «végan» malmène aussi l’industrie animale (porc et bœuf) prétextant que cette dernière utilise beaucoup trop de terres agricoles pour produire de la protéine animale. Curieusement, ces animaux se nourrissent souvent de nos restes végétaux. Comment pallier ces changements? 

Grossir, innover et se perfectionner. Pour une relève agricole, cela se traduit notamment par une augmentation de la taille du troupeau pour un bénéfice équivalent.

L’éleveur de porc ne souhaite pas vous faire verser des larmes de crocodile en vous parlant de sa réalité. Il souhaite simplement votre appui dans son travail de fournir le marché selon la demande (le porc du Québec représente 8 % du marché mondial et est exporté à 70 %).

Au total, 25 % des éleveurs de porcs ont moins de 40 ans et 32 % sont des femmes . De quoi prévoir un avenir inspirant.

Merci aux Fermes Parent-Beauregard, de Saint-Joachim-de-Shefford et, particulièrement, Louis Beauregard, relève agricole, une des seules fermes indépendantes de la région, de nous avoir ouvert leurs portes et leur réalité.

Cette chronique est rendue possible grâce au soutien financier de l’UPA, celui du Réseau Agriconseils Montérégie et d’une aide financière du programme Prime-vert du MAPAQ.