La cabane familiale des Martineau.

Les veines pleines d’eau d’érable

CHRONIQUE/ Mi-mars… Ça sent le printemps à plein nez! Mais qui dit mi-mars, dit aussi le moment de l’année préféré de nos amis les acériculteurs du Québec: le temps des sucres!

Avant de se sucrer le bec, laissez-moi me présenter.

Je suis Madeleine Gauthier, la fille d’Isabelle Martineau, l’auteure habituelle de cette chronique. Comme j’ai grandi en buvant du sirop d’érable et que je suis en admiration devant cette culture intemporelle qui se perpétue de père en fille, j’ai proposé d’occuper l’espace le temps de quelques lignes.

À tout bout de champs, les Québécois se ventent du sirop qu’ils produisent chaque année.

Ils ont de quoi se vanter!

Les acériculteurs du Québec travaillent d’arrache-pied pour produire 72% de la production mondiale de sirop d’érable, disent les statistiques de la Fédération des acériculteurs du Québec (FPAQ). Ce pourcentage est peu surprenant à mes yeux, car j’ai l’impression que tout le monde possède sa cabane familiale!

J’exagère à peine.

Les acériculteurs, sont près de 13 500 dispersés à travers la province. Non! Il n’y a pas que Martin Picard, du Pied de Cochon, qui est en amour avec l’érable.

Au-delà de mes petites statistiques, je voulais rendre hommage à toutes ces familles pour leur passion et leur dévouement. Faut dire que je m’y connais un peu dans le domaine. Cette année, mon grand-père célèbrera les 40 ans de sa cabane à sucre!

Pour de nombreux agriculteurs, être acériculteur est un deuxième métier. C’est ce qui les libère de leurs stress hivernaux. C’est ce qui les plonge dans la saison forte. Quand les cerveaux bouillent, mieux vaut aller bouillir pis manger de la tire!

Parlant de tire. Quoi de plus rassembleur qu’un bac de neige garnie de tire chaude? D’ailleurs, c’est fou; on dirait que les grandes cousines débarquent toujours en campagne au moment où on sort les palettes...

La grande question du temps des sucres trop souvent adressée aux acériculteurs est celle-ci: «Est-ce que ça va couler aujourd’hui?»

Voici donc la réponse, une fois pour toutes.

(C’est le moment du segment pédagogique scientifique.)

Quand le temps est au dégel, le bois de l’érable se dilate poussant l’eau à sortir par le chalumeau. Quand la température des nuits retombe sous zéro, le bois se contracte. L’eau cesse donc de couler et l’arbre se remplie de sève sucrée jusqu’à la prochaine journée plus chaude. Alors, à vos thermomètres!

(Segment «Y paraît que…»)

Chaque bouilleur possède ses propres histoires de cabane.

Mon grand père lui, dit, entre autres, que «s’il y a de la neige sur les couvercles des chaudières, ça ne coulera pas!»

La petite Madeleine en compagnie de son grand-père Gaétan Martineau, lors d'une journée à la cabane.

Aussi, il paraît que les sucres sont terminés lorsque la glace du barrage Choinière, à Granby, est callée.

Hasard? Peut-être!

Enfilez maintenant vos chemises carottées — c’est la grosse mode en plus— et allez à la rencontre de ces acériculteurs qui voient l’eau sucrée leur couler dans les veines, et ce, de génération en génération. Au retour en ville, profitez-en pour réinventer vos recettes préférées dans le but de transmettre, vous aussi, le goût réconfortant de ce produit à ceux que vous aimez.

Pourquoi pas le poulet général sirop!?

La série de chroniques en agrœnvironnement est rendue possible, notamment, en vertu du sous-volet 4 du programme Prime-vert 2013-2018 du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ).

Madeleine Gauthier, en collaboration avec sa mère Isabelle Martineau, agronome.

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