L'apport des travailleurs étrangers

CHRONIQUE / Ce n’est pas juste au moment des fraises, des semis et des récoltes de légumes que les travailleurs étrangers sont indispensables pour aider nos entreprises agricoles locales à nous nourrir. Ils y contribuent majoritairement en élevage animal ou en production laitière, donc à longueur d’année. Est-ce qu’ils trouvent justement l’année longue ces étrangers ? Certainement. Laisser leur vie derrière eux temporairement et s’acclimater à notre culture et notre météo est un défi. Il s’agit malgré tout d’une formule gagnant-gagnant pour eux et leur employeur. Ils sont une main-d’œuvre qui est devenue avec les années une denrée rare, dont on ne voudrait pas se passer.

Ces travailleurs laissent derrière eux des projets en suspens. Des projets familiaux et ruraux. Leur famille profitera des sous rapportés par leur patriarche. Provenant principalement de fermes, leur exploitation est laissée à leur famille et, au retour, profitera d’investissement. Un producteur de lait lanaudois racontait, la fierté aux yeux et le cœur heureux, que son vaillant travailleur était revenu une année avec une photo le montrant fièrement devant… un tracteur ! Une récente acquisition faite grâce à son travail à l’étranger. 

La cohabitation. Qui ne trouverait pas difficile de cohabiter avec d’autres travailleurs ? C’est pourtant une réalité qui les attend. Fortement réglementés, mais malheureusement pas avec de hauts standards, les travailleurs étrangers n’ont pas tous droit au même confort de logement. Un travailleur au champ arrive sale, affamé et fatigué à la maison le soir. Douche, frigo et intimité nocturne ne sont pas des luxes à leur offrir. Par contre, plusieurs, logés à l’année, bénéficient de conditions rares dans leur pays (climatisation et toilette).

Pas n’importe qui s’improvise travailleur étranger. Il faut montrer patte très très blanche pour quitter, revenir et espérer quitter de nouveau leur pays. En demandant les visas, en passant les douanes, de vieilles histoires viennent parfois assombrir les projets. Toutes ces procédures peuvent heureusement être prises en charge pour l’employeur par des organismes en formule clé en main. ARIMÉ et la Fondation des Entreprises en Recrutement de Main-d’œuvre agricole étrangère (FERME) sont les principaux organismes qui coordonnent le recrutement de la main-d’œuvre étrangère temporaire. Ils simplifient la tâche administrative venant avec l’aide agricole. Ils offrent de prendre en charge le dossier complet de l’employeur, du pays étranger jusqu’au champ ! Un travail qui prend en moyenne 6 mois. D’après FERME, en 2017, 12 874 travailleurs étrangers ont mis les pieds au Québec. Et ce nombre semble augmenter annuellement.

Font-ils un bon travail ? En 2017*, on peut facilement croire que oui, car 86 % des travailleurs ont été rappelés par leur employeur. Une formule gagnant-gagnant ! D’où vient cette aide précieuse ? 45 % du Guatemala et 51 % du Mexique, tandis que 55 % des entreprises sollicitant leur aide proviennent du domaine de la production animale (avicole, bovine, canard, lait, porc). La pénurie de main-d’œuvre ne touche pas que l’agriculture. La qualité de leur travail incite maintenant les secteurs non agricoles à avoir recours à leur main. À preuve, les demandes ont augmenté de 55 % en 2017*.

Les agriculteurs locaux vous le diront, les travailleurs étrangers sont appréciés pour leur loyauté, leur fidélité et leur sens du travail bien fait. Les sacrifices qu’ils font à s’absenter du noyau familial pour mieux le soutenir sont admirables. C’est probablement d’ailleurs à cause de cela que le niveau d’attachement est parfois fort pour certaines familles québécoises. Lorsqu’un travailleur cohabite avec la famille pendant plusieurs mois, des liens amicaux sont créés, et les départs sont parfois déchirants. « On s’attache à ces petites bêtes-là ! », confiait un jour un agriculteur, avouant avoir versé des larmes au départ du travailleur.

Sont-ils pressés de retourner ? Ce travail leur permet d’offrir à leur famille restée au bercail une maison, un terrain, et d’envoyer leurs enfants à l’école. Eux, ils bénéficient d’un toit souvent mieux qu’à la maison et d’un travail dans des conditions technologiques inexistantes dans leur pays. Âgés entre 20 et 39 ans, plusieurs adoptent ce mode de vie de père en fils…certains depuis plus de 25 ans ! Ces hommes semblent tolérer d’être séparés de leur famille, mais n’oublions pas que chaque pays et surtout chaque époque économique ont leur culture et que le rôle paternel prend toute sorte de formes autres que la nôtre en 2019. Vous rappelez-vous nos grands-pères qui partaient au chantier ? 

« Patron, pourquoi tu pars les fins de semaine avec ton VR alors que tu as une grande maison confortable ? » « Patron, pourquoi nourrir tes chats et mettre du poison à rat à l’étable ? ». Qu’il n’est pas intéressant d’avoir des yeux externes pour observer nos étranges habitudes ou coutumes ?

Hola ! Allez à leur rencontre ! Quel bonheur d’engager la discussion lors d’une rencontre au Walmart ou à l’épicerie du coin. Nous leur sommes redevables de notre bol de fraises garni de crème fraîche ! 

Cette chronique est rendue possible grâce au soutien financier de l’UPA, celle du Réseau Agriconseils Montérégie et d’une aide financière du programme Prime-Vert du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec.