La migration de la volaille

CHRONIQUE / Les consommateurs veulent de plus en plus manger des aliments biologiques et/ou locaux. Heureusement, l’offre s’améliore et permet même de choisir son fermier de famille ! Quelle joie quand les marchés publics nous permettent de les rencontrer sur une base hebdomadaire où quand des paniers de légumes sont préparés et cueillis près de la maison. Le plus court chemin est, dans ce cas, le meilleur.

Est-ce le cas toutefois pour les produits destinés à notre côté carnivore ? Les rangs de beaucoup de campagnes ont, heureusement, encore des bâtiments d’élevage en service. Je dis « heureusement », car je ne connais pas, agronomiquement parlant, un plus triste paysage qu’une étable vide. J’y imagine tout de suite le drame humain d’une famille agricole qui a dû (pour les meilleures raisons) mettre fin à des générations d’éleveurs...

Mais concentrons-nous sur le positif !

Plusieurs granges abritent des bêtes d’élevage où l’agriculteur s’occupe de cochons, bœufs agneaux, poulets ou oies, selon la demande du consommateur.

Abattre un animal n’est pas aussi simple que le fait d’éplucher une carotte. L’abattage est, heureusement, très légiféré.

Je dis encore « heureusement », car la réglementation permet une sécurité quant à la salubrité de la viande. Cette dernière est à ce point exigeante que peu de courageux se lancent dans ce commerce. Pour exploiter un abattoir sous inspection permanente, il faut être détenteur d’un permis émis par le ministère de l’Agriculture (MAPAQ) ou par l’Agence canadienne d’Inspection des Aliments (HACCP).

Comme l’offre est mince et le besoin essentiel, les éleveurs doivent prendre la route et aller vers des abattoirs normés. Des centaines de kilomètres sont parfois nécessaires pour trouver un abattoir prêt à accepter les bêtes. Comme plusieurs offrent le service particulièrement aux entreprises d’éleveurs de grands volumes, une petite quantité de bêtes à abattre à travers une chaîne traitant un gros lot n’est pas forcément la bienvenue. Mais ce n’est pas impossible.

Par contre, il faut tout de suite oublier ici la notion de « produits locaux ». Bien qu’élevée sur votre rang, votre oie peut avoir fait un aller-retour à l’Île d’Orléans et votre porc ou votre bœuf bio, lui, dans le coin de Coaticook.

Existe-t-il une solution ?

Une cohorte d’entrepreneurs agricoles et en agroalimentaires se sont récemment penchés sur la question. Ils ont pondu une solution : offrir l’abattage de volailles aux productions dites « marginales », de pâturage ou à petite échelle, qui trouvent mal leur place dans les installations industrielles et automatisées.

Pour faire une image simple de la problématique, prenons l’exemple de l’abattage d’oies. Une oie n’a pas la même physionomie qu’une poule, bien qu’elles soient toutes deux une volaille. Il faut comprendre que l’équipement d’abattage de la poule ne permettra pas d’accommoder une bête avec un cou aussi long et un plumage aussi hydrofuge que ceux de l’oie.

Le projet de ces jeunes entrepreneurs agricoles porte le nom de Le petit abattoir (https ://laruchequebec.com/projet/petit-abattoir-6380/ ?) Présentement sous forme de coopérative de solidarité, et visant s’installer à Granby, ils espèrent cumuler les fonds nécessaires à leur démarrage.

Quel beau cadeau à offrir à un épicurien pour Noël qu’une contribution à un projet soutenant une agriculture locale, marginale et à petite échelle ! Pensez-y !

Isabelle Martineau, agronome

Club conseil Gestrie-sol

Cette chronique est rendue possible grâce au soutien financier de l’UPA, celui du Réseau Agriconseils Montérégie et d’une aide financière du programme Prime-vert du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec.