Ce printemps, les semences arrivent et repartent de chez le semencier à coup de centaines de sacs de 25 kg, ou encore en vrac, car elles doivent être échangées à cause du retard de près de trois semaines que connaissent actuellement les agriculteurs.

Ils «s’aiment» enfin leurs semences !

CHRONIQUE / Dans un de ses contes, Fred Pellerin nous présente Baptiste La graine, vendeur de semences. Il les vendait «à la graine». Ce printemps toutefois, les semences arrivent et repartent de chez le semencier à coup de centaines de sacs de 25 kg, ou encore en vrac, car elles doivent être échangées à cause du retard de près de trois semaines que connaissent actuellement les agriculteurs.

C’est le début d’une histoire d’amour qui se terminera à l’automne, que l’on souhaite le plus tardif possible. La qualité de la préparation du sol, de l’ajustement du semoir et, particulièrement ,de la météo dicteront le succès des semis. Le reste, la semence, sa qualité, sa vigueur, sa compatibilité avec notre région, cela s’est joué l’an dernier, très loin d’ici.

En effet, les semences mises en terre cette année, par exemple le maïs, proviennent des États-Unis et ont été vendues avant même d’être récoltées l’automne dernier. En octobre dernier, avec leurs conseillers, les agriculteurs ont réservé les semences représentant la génétique et la technologie recherchées.

Selon la région et la date de semis, une première sélection de variétés de maïs se fait selon les Unités thermiques de maïs (UTM). Il s’agit d’un indice de mesure de chaleur servant à évaluer si le maïs pourra atteindre sa maturité durant la saison. Cet indice ne tient compte que de la température et non de la pluie et du drainage.

Pour les « calculeux » de nature, l’indice se mesure en additionnant quotidiennement les différences de température chaud-froid dès qu’il fait 12,8 degrés Celsius depuis cinq jours jusqu’au premier gel d’automne. Au Québec, les régions accumulent entre 1 600 et 2 900 UTM, alors que le maïs nécessite minimalement entre 2 300 et 3 400 UTM pour atteindre sa maturité.

Comme le printemps tarde et que les semis sont, eux aussi, retardés, certaines semences devront être échangées. La Financière agricole fixe au 1er juin la date de semis maximale admissible aux assurances. Les semenciers s’activeront et referont donc la collecte et la nouvelle livraison de semences. Des agriculteurs au long chemin nous ont raconté avoir déjà vécu entre deux et trois de ces échanges troublants. Car qui dit échange, dit aussi qu’il n’y aura pas nécessairement toutes les disponibilités d’extra liés à la semence.

Lorsqu’une semence est livrée, elle porte certaines technologies. Des gènes de résistance à des herbicides (Round-up Ready, par exemple) ou à des insectes (Bt, par exemple), ainsi que des enrobages de fongicides et d’insecticides soigneusement choisis lors de la commande. Plusieurs entreprises de clubs conseils mandatent d’ailleurs un agronome pour les guider dans leur commande. Ils auront ainsi évalué le risque de dommages liés aux maladies et insectes du sol. Si ce n’est pas nécessaire, ils commanderont des semences «nues».

Dans le contexte de réduction des pesticides, plusieurs agriculteurs font plutôt le choix de ne pas en munir leurs semences. Mais les semences «nues», ne sont encore accessibles qu’en commande spéciale. En 2017, avant la réglementation, les producteurs du bassin versant Brandy, à Granby, avaient réduit leur superficie traitée de maïs et de soya de 30% pour un total de 70% de toutes les superficies sans traitement insecticide. Ils l’ont fait en toute confiance, grâce aux connaissances acquises au fil du temps et au travail agronomique de dépistage offert par leur agronome.

Alors si le champ tarde à être prêt, agriculteurs, allez voir vos semences livrées. Après les avoir cajolées, vérifiez bien leur contenu. Retirez les étiquettes, que vous conserverez précieusement, pour compiler votre registre de pesticides.

Qui s’aime sèmera!

Club conseil Gestrie-sol

Cette chronique et rendue possible grâce au soutien financier de l’UPA de la Haute-Yamaska, du Réseau Agriconseils Montérégie et d’une aide financière du programme Prime-Vert du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec.