Du poison, les pesticides?

CHRONIQUE/ À tout bout de champ, en milieu agricole, on peut voir des arroseuses fonctionner à quelques reprises dans les cultures durant l’été. Mais ces arrosages, c’est quoi au juste ?

Ce sont des pesticides, que ce soit des herbicides, des insecticides ou des fongicides. Comme en ville dans nos terrains gazonnés, les producteurs veulent le moins possible de mauvaises herbes dans leurs champs. Pour se débarrasser des mauvaises herbes, ils utilisent donc des herbicides. Pour se débarrasser des insectes, ils ont recours aux insecticides et, finalement, contre les maladies (champignons), ils emploient des fongicides.

Mais tous ces produits, sont-ils des poisons ?

Les multiples pesticides ne sont évidemment pas des produits sans danger d’utilisation. Ils sont utilisés pour détruire ce qui est nuisible pour la plante. Comme ils comportent certains risques, ils sont règlementés de plusieurs façons. Premièrement, chacun est disponible à la vente a été analysé et approuvé par Santé Canada.

Deuxièmement, ce qui est appliqué en milieu agricole n’est pas disponible à n’importe qui. Quelqu’un qui veut les acheter doit préalablement suivre un cours sur les pesticides, et obtenir un permis. Quelqu’un qui veut épandre lui-même ces produits, doit prendre un cours supplémentaire et avoir, lui aussi, un permis. Même chose pour la personne qui veut vendre des produits ! Les pesticides ne doivent pas être pris à la légère.

Troisièmement, Santé Canada, lorsqu’elle approuve chacun des produits, émet une fiche signalétique et une étiquette pour que l’utilisateur/acheteur/vendeur possède toutes les informations nécessaires à l’utilisation et à l’entreposage de chacun.

Et il est fort important de bien les suivre !

Tous les produits n’ont pas le même risque, certains sont moins nocifs que d’autres. Pour savoir le danger potentiel pour la santé et pour l’environnement de chaque produit, une côte est disponible afin de pouvoir les comparer. Ces différentes côtes se nomment IRE (Indice de risque pour l’environnement) et IRS (Indice de risque pour la santé). Ceux-ci sont valables lorsque les précautions indiquées sur l’étiquette sont prises !

Cela permet d’avoir une idée du risque encouru quand nous y sommes exposés et on peut se protéger en conséquence. Se protéger en mettant les équipements nécessaires (gants, masque, etc.), en appliquant dans une cabine avec un filtre à pesticides, en appliquant quand le climat est bon (température, vent) et en disposant des bidons de la bonne façon, en les nettoyant et les envoyant à Agri-Récup, par exemple.

Mais si c’est si risqué, pourquoi les utiliser alors ?

Il existe plusieurs avantages à utiliser des pesticides. Pour les insectes, par exemple, quand une épidémie particulière se manifeste et risque de détruire la récolte, il est peut-être mieux, économiquement parlant, d’appliquer un insecticide. Ces décisions ne se font pas sur un coup de tête, par contre. Plusieurs dépistages sont nécessaires et des seuils d’intervention sont élaborés pour chaque culture et chaque insecte afin de savoir quand ça en vaut le coût.

Même chose pour les champignons. Les insecticides et les fongicides ne sont pas les pesticides les plus couramment utilisés dans la région. Ce sont surtout les herbicides qui sont appliqués. Il est important pour une plante en pleine croissance, d’avoir le moins de compétition possible avec les mauvaises herbes. Les stades critiques sont différents pour chaque culture, mais ils sont importants à respecter. Pourquoi ? Plus la plante a de la compétition, plus elle puisera dans ses énergies pour pousser plus haut que les autres. Elle poussera ainsi « en orgueil ». Ce faisant, elle perd en rendement. Tant d’énergie est mise pour préparer le sol, semer, nourrir la plante. On ne veut pas tout gâcher en laisser la mauvaise herbe prendre du terrain. On veut que notre culture profite de toutes les conditions possible pour bien pousser. Il est possible de travailler sans pesticides. Mais ça demande plus de machinerie et de temps au champ, mais c’est faisable.

Tout dépend de l’énergie, du temps et des moyens que l’on a.

L’important, c’est d’être bien informé, d’appliquer le produit au bon endroit et au bon moment, et d’être sécuritaire.

À vos tracteurs maintenant !

Laurianne Levert-Gauthier, agronome

Cette chronique est rendue possible grâce au soutien financier de l’UPA.