Des résolutions d’agriculteurs

CHRONIQUE / En ce début d’année, qui ne s’est pas fait secrètement des résolutions ? L’an passé, la chronique À tout bout de champ avait traité de la liste de cadeaux des agriculteurs. Cette fois, étant donné que l’année a été très difficile pour eux, j’ai voulu être dure, alors je les ai mis au défi de me partager leurs résolutions ! Eh oui, nous sommes comme cela parfois, nous, les conseillers agricoles!

Certains agriculteurs ont été agréablement surpris de l’appui reçu lorsqu’ils ont partagé leurs bons coups, même petits. Leur résolution a donc été de ne plus hésiter à diffuser ce qu’ils ont fait, même si, selon eux, ce n’est que bien peu.

Les réseaux sociaux sont un bel endroit pour le faire. Cette chronique aussi. Mais la meilleure façon d’en savoir plus sur eux est, bien sûr, en personne ! Profitez des marchés publics, des tables champêtres, des visites à la ferme ou encore des comités environnementaux citoyens-agriculteurs pour jaser avec eux.

Les entreprises agricoles sont de véritables industries prospères en génération de paperasse. Une de leurs résolutions est donc d’être plus à jour dans leurs papiers. Les fermes sont de véritables « multi-complexe-entreprises ». Les agriculteurs gèrent des employés et doivent remplir des documents de Revenu Québec. S’ils possèdent des animaux, ils remplissent les papiers d’Agri-Traçabilité Québec (ATQ).

S’ils ont une certification biologique, par exemple, ils reçoivent des inspecteurs et doivent tenir un cahier de charge. Annuellement, ils doivent produire des documents légaux pour le ministère de l’Environnement. S’ils produisent du grain, ils ont à répondre ou à soumettre leurs données au Programme d’assurance récolte. Enfin, le Programme d’assurance stabilisation des revenus agricoles demande aussi du temps en paperasse.

Une ferme, c’est un super terrain de jeu où il est possible de se blesser. Une résolution entendue à plusieurs reprises a été de prendre le temps de ne pas se laisser berner par une urgence. Du grain qui coule par terre, un bouchon qui se forme à la vis d’ensilage ou un arbre qui ne veut pas tomber comme prévu lorsqu’abattu, sont tous des exemples où les minutes, voire les secondes, font la différence entre un doigt, une main ou un œil perdu.

Comme bien des secteurs industriels, l’agriculture manque dramatiquement de main-d’œuvre. Une résolution exprimée était de poursuivre les efforts pour dénicher de la main-d’œuvre spécialisée, qualifiée et compétente. Un souhait fort en investissement de temps, d’initiatives outre-frontière ou de réorganisation de la taille de la ferme.

Être agriculteur, c’est devoir prendre des décisions d’affaires, se former, analyser l’information disponible, investir dans de la machinerie, des intrants, des valeurs immobilières ou du fond de terre. Une résolution qui revient est d’investir « sous les bottines », c’est-à-dire dans la santé des sols. Cet investissement passe alors par la « matière grise entre les deux oreilles » pour bien comprendre la dynamique du sol et y adapter les pratiques culturales adéquates. Un choix payant, assurément.

Et les agronomes eux, peuvent-ils se mouiller à avancer des résolutions ? Certainement ! Une d’entre elles concerne également la paperasse. 

Ils souhaitent continuer de partager, avec les instances gouvernementales, les améliorations souhaitables pour diminuer la charge de travail qu’elles exigent. Cela demande du temps, de la patience, de la négociation, mais au bout du compte, notre travail et nos clients en sortent gagnants. Mais il ne faut pas oublier que c’est surtout au champ que nous aimons accompagner en agroenvironnement ! 

Isabelle Martineau, agronome

Club conseil Gestrie-sol

Cette chronique est rendue possible grâce au soutien financier de l’UPA, celle du Réseau Agriconseils Montérégie et d’une aide financière du programme Prime-vert du MAPAQ.