À tout bout de champ, on remarque de grosses guimauves blanches dans les champs de la région. Il s’agit de balles de foin récolté pour être ensilé.

Des guimauves de plastique au recyclage

CHRONIQUE / À tout bout de champ, on remarque de grosses guimauves blanches dans les champs de la région. Il s’agit de balles de foin récolté pour être ensilé. Ainsi l’ensilage, au lieu de se faire dans de grands silos, se produit directement au champ.

De savantes machineries enrobent dans un plastique résistant les balles de foin frais pour créer un environnement étanche où la fermentation a ensuite lieu. Le foin fermenté prend ainsi des saveurs que les ruminants adorent.

En restant dans un lieu frais, le foin de qualité peut être servi aux bêtes toute l’année. L’utilisation de ces gros ballots a toutefois changé le paysage à certains endroits, faisant disparaître les hauts silos pour de petits silos blancs. Cette pratique a connu une grande popularité, et ce, pour plusieurs raisons.

Un chantier de récolte d’ensilage entreposé en silos verticaux nécessite beaucoup d’investissement en machinerie agricole, c’est-à-dire une fourragère, un silo, plusieurs voitures à foin et un tracteur de grand calibre.

Celui en balles rondes enrobées exige un moins gros tracteur. Il facilite le commerce et l’élevage d’animaux sur plusieurs sites plutôt que sur un seul principal.

Ce mode de conservation du foin utilise, par contre, beaucoup de plastique à usage unique. Ce plastique gagne certainement à être récupéré et recyclé pour éviter l’enfouissement. À titre d’exemple, une ferme agricole de 65 têtes peut consommer quatre balles rondes par jour. Cela représente plus ou moins 1,5 tonne de plastique par année.

Les municipalités gagnent au niveau économique et socio-environnemental à ce qu’une grande quantité de plastique issue des fermes de leur région ne finissent pas à l’enfouissement.

En 2010, la MRC de la Haute-Yamaska a mis en place un programme de récupération du plastique agricole provenant principalement des balles rondes. À ce jour, 100 fermes y sont inscrites.

Ce programme volontaire ne touche pas l’ensemble des entreprises agricoles, car plusieurs ne produisent tout simplement pas cette matière. Ce programme souhaite éviter que ces plastiques prennent le chemin de la poubelle, de l’enfouissement ou qu’ils terminent brûlés directement sur les fermes.

Le programme prévoit faire la collecte à la porte des entreprises le deuxième mercredi de chaque mois. Les fermes doivent contenir leur plastique dans un grand sac transparent, non fourni par la MRC.

Le plastique n’a pas à être lavé, mais il ne doit pas être trop souillé. L’habitude de le secouer pour en retirer les bouts de paille, les filets ou cordes de balles, et de le compresser dans un sac chaque jour facilite la tâche à l’aube de la collecte. Cela garantit un produit propre.

Pour le moment, les 50 à 60 tonnes de plastique récupérées par année prennent la route de Lanaudière, via le Centre de valorisation Charette, où elles commencent une deuxième vie. Le plastique y est revalorisé ou brûlé. Il sert, entre autres, au fonctionnement de la cimenterie de Joliette.

Notre MRC continue à chercher d’autres filières de valorisation pour le recyclage du plastique. Dans la région, l’inscription des fermes qui souhaitent participer au programme se fait auprès d’Anne-Marie Lambert au 450-378-9976, poste 2224.

Tout près de chez nous, à la MRC des Maskoutains, c’est une alliance entre partenaires qui facilite la mise en place d’un programme de récupération des plastiques agricoles. Ainsi, la Régie intermunicipale d’Acton et des Maskoutains (RIAM) et les Syndicats de l’UPA locaux ont pris l’initiative de s’associer à l’organisme AgriRÉCUP.

La MRC de Lotbinière récupère, quant à elle, à même le bac de recyclage de la collecte traditionnelle, le plastique agricole issu des balles rondes. La MRC fournit le sac qui permet d’y entasser quotidiennement ce plastique.

À la MRC de Coaticook, une grande variété de plastiques agricoles (balles rondes, toiles de serre, poches de moulée, plastique de boudin, etc.) peuvent être récupérés à la ferme mensuellement, sur inscription. Au total, 200 tonnes de plastique évitent ainsi l’enfouissement.

Du côté de la MRC d’Arthabaska, un projet pilote mené par le Centre d’innovation sociale en agriculture (CISA) a permis de récupérer 50 tonnes de plastique agricole dans la Ville de Tingwick. Le CISA est un centre de recherche établi au Cégep de Victoriaville et créé en 2009. Concernant les bénéfices économiques, Gaudreau Environnement, responsable de la cueillette, a assuré la revalorisation du plastique. La majorité de la matière a été revendue au marché de l’export, tandis que l’entreprise en a utilisé une autre partie dans la fabrication de pavés et de dalles de béton. Grâce à un bénéfice généré de 4000$ par année, la municipalité de Tingwick a pu ainsi assurer la pérennité du projet.

L’exportation, elle, ne semble pas être une alternative pour la récupération du plastique agricole. Radio-Canada rapportait récemment que Recycle-Action a vu la Chine bouder son plastique agricole. Depuis trois ans, un programme prévoyait la collecte et l’envolée vers un marché d’exportation des produits du Comté uni de Prescot et Russel, en Outaouais. À l’échelle de 49 tonnes de plastique par année (2018), le produit s’accumule vite au centre de tri de Hawkesbury...

Peu importe le modèle, il serait intéressant que chacune des MRC prévoie une collecte. Malheureusement, plusieurs laissent encore ce plastique prendre le chemin de l’enfouissement. Les 4 R, vous connaissez? Récolter, Recycler, Réutiliser et Réduire...

Est-ce que le milieu agricole peut également imaginer, à l’échelle de sa production, tenter de «réduire» son utilisation de plastique? Pour ce faire, il faudra alors ajouter un autre R, celui de «repenser» certaines pratiques.

Le 24 octobre prochain se tiendra un forum sur l’utilisation du plastique. Il s’agit peut-être d’un bon endroit, pour le milieu agricole, de s’inspirer.

Cette chronique est rendue possible grâce au soutien financier de l’UPA, celui du Réseau Agriconseils Montérégie et d’une aide financière du programme Prime-vert du ministère de l’Agriculture, es Pêcheries et de l’Alimentation du Québec.