Déjà l’hiver?

CHRONIQUE/ À tout bout de champ, quand la première neige apparaît, plusieurs se font surprendre. Alors que les marchands de ski-doo et les centres de ski crient au miracle, qu’en est-il de la réalité de nos agriculteurs?

Vous vous souvenez des automnes 2015-2016-2017? Ceux qui se prenaient pour l’été! Comparez par vous-même en jetant un coup d’oeil au tableau ici-bas.

En 2018, une neige persistante est tombée début novembre. C’est quelque chose !

Le Règlement sur la réduction de la pollution agricole (REA) interdit l’épandage de fumier sur sol gelé ou enneigé. Voilà pourquoi des fosses à fumier n’ont pas pu être vidées après les récoltes d’automne. Comme il ne cessera pas de neiger ni de pleuvoir au printemps, le fumier devra être transvidé dans une fosse libre chez un voisin et, probablement, retourné au champ. Vous pouvez imaginer qu’il s’agira de frais supplémentaires pour certaines entreprises...

Par contre, la communauté agricole a, dans sa nature, ce genre d’entraide: pas question de «laisser un voisin dans la marde!»

Certaines cultures, comme le maïs, peuvent tolérer d’être recouvertes de neige avant la récolte. Ce qui n’est pas le cas du soya ou du foin. Plusieurs récoltes de foin n’ont pas pu être faites cet automne à cause de la pluie, puis finalement la neige. Pour ce qui est du soya, tous les efforts ont été déployés pour faire sortir cette culture du champ. Ainsi, des moissonneuses batteuses sont restées munies du nez à soya pour attendre le moment idéal pour entrer au champ, négligeant parfois la récolte du maïs, qui exige un nez à maïs, donc un autre appareillage qui ne se change pas en cliquant des doigts. Les cultures sorties du champ dans des conditions froides et humides exigeront également plus de temps et donc de coûts pour être séchées. Visitez une cour de séchage et vous comprendrez l’énergie déployée en cette période de l’année pour offrir à l’acheteur un grain de qualité ayant le bon taux d’humidité (à plusieurs reprises, le grain récolté était 10% trop humide, ce qui est énorme!)

Les sages vous diront qu’un automne comme celui que nous venons de vivre fera prendre conscience à plusieurs qu’aucun temps ne doit être perdu à la fin de l’été. La cadence des travaux ne doit pas faire relâche quand la météo est propice au travail.

Un avantage méconnu de la neige? Lorsqu’elle fond, elle laisse automobiles et tracteurs bien reluisants!

Et puis, notre été indien 2018? SVP, pas en février!

Laissez geler notre sol et nos végétaux des champs bien endormis!

Laurianne Levert-Gauthier, agronome. Rédigée en collaboration avec le Club conseil Gestrie-sol

Cette chronique est rendue possible grâce au soutien financier de l’UPA.